« Selon ce que je comprends de l’histoire [...] voici ce qui c’est passé. L’homme se mesurant avec la nature, le moi avec l’ordre des choses, Belial avec l’autre... Lentement, tout d’abord, l’homme commence à gagner du terrain sur l’ordre des choses [...] Tandis qu’une fraction de plus en plus importante de la race humaine s’aligne derrière lui , le Seigneur des Mouches, qui est également la Mouche à Viande dans chaque coeur individuel, inaugure sa marche triomphante à travers un monde dont il deviendra bientôt le maître indisputé [...] Il est superflu de le dire, personne n’obtient jamais quoi que ce soit pour rien. Les libéralités de Dieu ont leur prix et Belial veille toujours à ce qu’il soit salé. Prenons ces machines par exemple. Belial savait parfaitement qu’en trouvant un léger soulagement à son labeur, la chair serait subordonnée au fer, et que l’esprit serait rendu esclave des rouages. Il savait que si une machine est à l’épreuve des sots, il faut aussi qu’elle soit à l’épreuve de l’habileté, du talent, de l’inspiration. On vous rend votre argent si le produit est défectueux et on vous le rend au double si vous êtes capable d’y trouver la moindre trace de génie ou d’individualité.  » Aldous Huxley (1)
C’est précisément cette individualité du produit et son génie, que nous essaierons de faire apparaître. Notamment à travers l’oeuvre de Simodon et la notion de Transduction. Stiegler approfondira celle-ci et en fournira une lecture critique (éditions Galilée, La technique et le temps (tome 2)). Il est important de préciser dans un premier temps ce que nous entendons exactement par technologie. A quoi ce mot renvoit dans notre environnement quotidien ? Comment agit-il psychologiquement en terme de dépossession et de transfiguration de l’imaginaire ?
1- Aldous Huxley, « Temps futurs  », Plon, paris 1949, p189 (cf ; plus bas « la relation transductive  »).