ID_ARTICLE=49 ID_RUBRIQUE= ID_SECTEUR= LANG=fr LOGO_RUBRIQUE= LOGO_ARTICLE= DATE=2010-09-09 08:57:34, DATE_REDAC=2010-09-09 08:57:34, DATE_MODIF=languecourante=[]
A propos
Le séminaire "Singularité et Technologies", animé par Francis Rousseaux (informaticien) et Nadine Wanono (anthropologue cinéaste), a été créé en septembre 2005 sur la base d’un programme de recherche élaboré en commun. Il s’est tenu essentiellement à la Maison Suger, mais aussi dans les locaux de l’Ircam. Plusieurs publications y ont trouvé racine, dont l’ouvrage de Francis Rousseaux "Classer ou collectionner ? - Réconcilier scientifiques et collectionneurs" (qu’on peut commander en ligne sur le site de l’éditeur http://www.academia-bruylant.be/).

Enjeux du séminaire

Dans ce séminaire, on s’intéresse aux lieux de médiation paradoxale du singulier, aux endroits privilégiés où se traversent, s’entrecroisent et s’alchimisent la singularité et la synthèse lorsqu’elles ont maille à partir l’une avec l’autre. La question n’est ni traitée dans sa généricité métaphysique, ni traquée dans ses manifestations scientifiques canoniques. Elle est approchée par surprise, dans les recoins où elle s’abandonne et s’expose à découvert. De préférence à une exploration systématique, nous observons ainsi des rencontres épisodiques sur des terrains parfois insolites ou inattendus, des lieux propices mais non aménagés, quitte à devoir guetter patiemment l’instant favorable... Nous ne négligeons pas les armes de la philosophie, mais nous n’attendons pas de les avoir fourbies pour entreprendre l’équipée.

L’enquête nous permettra d’abord de traverser une constellation de lieux communs investis par des singularités. Une constellation ou plutôt une collection, au sens où elle est empreinte du parcours d’un collectionneur de situations, prises un peu comme le promeneur prend une motte de terre avec la plante qu’il veut emporter sans la déraciner, pour pouvoir la transplanter. C’est ainsi le singulier à l’œuvre, pris in vivo dans la situation où il se déploie, qui se trouve présenté en collection. Un autre volet du séminaire sera consacré à une collection de situations qui abritent des singularités ayant partie liée avec les technologies de l’information et de la communication, quand elles ne résident pas sous condition de ces technologies. Ces situations se distinguent des lieux communs de la première partie dans la mesure où elles sont conditionnées par l’informatique, mais nous nous demanderons si cette distinction est anodine ou si elle affecte la nature de la collection tout entière. Au croisement entre le singulier à l’œuvre, pris in vivo dans la situation où il se déploie et les nouvelles technologies numériques comme outils de mise en forme des connaissances, on rencontre certains anthropologues cinéastes, dont le rêve est bien de capturer cette singularité sur le vif et d’avoir le pouvoir de la restituer. En effet, dans le cadre de leur pratique, ils sont pris entre leur relation au terrain, tous singuliers par essence qu’ils se doivent pourtant de restituer, transmettre afin de partager ces parcelles de réalité, de les confronter et/ou les diffuser, et par là-même fondamentalement de les dé-singulariser. Cette image arrêtée sur le terrain de l’anthropologie visuelle, tout en nous rappelant les liens étroits qui nous unissent à l’idée de modèle, d’original ou même de négatif, nous permet d’explorer les nouvelles perspectives offertes par les technologies du numérique. Etudier ces perspectives, où la programmation tient la place qu’a la géométrie dans la perspective optique, nous permet de dévoiler les dispositifs propices à la construction ou à la saisie des relations entre l’image et ses fonctions. En effet, les technologies numériques ont radicalement transformé et modifié, tant la pratique de l’écriture, que les modalités de représentation et de relation à l’image. L’attrait de l’automatisation reflète une méconnaissance largement répandue dans notre société, qui oublie que l’automatisme est un assez bas degré de perfectionnement. Car il faut sacrifier bien des possibilités de fonctionnement, bien des usages possibles pour rendre la machine automatique. Cette contradiction est révélatrice de la place accordée à la technologie dans nos disciplines et aux malaises qu’elle peut susciter. Le pouvoir de fascination des technologies numériques va de pair avec le refus de leur examen informé et critique. En sciences humaines, les chercheurs tiennent à distance les images calculées comme des éléments libres de toute attache au réel et aucunement considérées comme des traces possibles de fragment du réel.

L’un des enjeux majeurs de ce séminaire sera donc de créer un espace de complicité entre utilisateurs, concepteurs et théoriciens des technologies numériques, et de favoriser la mise en circulation d’objets singuliers.

Programme 2006-2007

Singularité et Technologies : Les collections

Nous souhaitons notamment prolonger l’expérience en nous laissant guider par la pente naturelle qu’elle a prise l’an dernier en traitant plus particulièrement des rapports qu’entretiennent la Singularité et les Collections, toujours par le truchement des Technologies.

Projet 2007-2008

A l’occasion de cette saison, nous avons souhaité nous concentrer sur l’étude détaillée de figures de passage et de médiation du singulier, telle la Collection, ainsi que sur les fonctions et les modalités de ces transformations/ conversions Si la notion de collection en anthropologie ravive tant une méthode, un regard qu’une époque, il serait essentiel de s’interroger sur l’évolution historique et politique de notre discipline et regarder précisément le statut, le traitement, les modes de représentation actuels qui permettent de convertir le singulier. La collection en tant que mode d’appréhension de l’autre n’a-t-elle pas officiellement disparue pour s’incarner dans un regard, une perception, une technique ?

Dans la vie courante en effet, nous sommes souvent confrontés à des collections, même lorsque nous sommes loin de l’imaginer et d’en faire état. Et cela ne concerne pas seulement le collectionneur constituant une collection d’œuvres d’art (de peinture par exemple) ou le visiteur parcourant une collection accrochée à l’occasion d’un vernissage, ou encore le transporteur chargé de déplacer cette collection pour l’acheminer vers un nouveau lieu d’exposition. Les collections sont beaucoup plus présentes dans nos vies quotidiennes que nous le pensons généralement. En anthropologie, la collection, noble héritière des cabinets de curiosité et des chambres d’art si répandus au XVI et XVII siècle, influa considérablement tant sur les méthodes de recueil des données que sur les modèles et les techniques de mise en scène des observations scientifiques. Ces collections ethnographiques constituées, méthodologiquement ou instinctivement nous livrent des clefs d’entrée exceptionnelles pour saisir non seulement le cheminement intellectuel de nos sociétés en prise avec la question de la classification que les valeurs de ces collections prises comme des « formes intermédiaires » comme Aby Warburg le suggère.

Mais pourquoi laisser entendre le primat de la collection sur les objets collectionnés eux-mêmes ? D’ordinaire, on comprend la collection comme collection de quelque chose, et ces choses sont pensées comme préexistant à la collection, plus originaires qu’elle en quelque sorte. Entendons-nous bien : en affirmant le primat de la collection sur les objets collectionnés, il n’est pas simplement question de proposer un amendement lexical pour parler de collections là où l’on parle habituellement d’ensembles, de classes, de groupes, de catégories, d’amas et d’objets. Ce qu’au contraire nous voulons montrer en introduisant la notion de collection à l’origine de la pensée des choses, c’est que sa promotion à la racine de nos dispositifs catégoriels et conceptuels permet de revisiter le réel de nombre de nos activités cognitives, et par exemple de viser avec plus d’exigence l’adéquation de nos outils d’aide informatisée à cette réalité.

Si la recherche de fond est inchangée dans son principe et que le principe d’un séminaire avec réunion de travail mensuel est maintenu, la différence avec la première année portera sur la mise en place d’une phase d’étude, de recherche de développement et de valorisation, en partenariat avec des organismes universitaires et industriels, nationaux ou internationaux. A cette fin, nous souhaitons nous inscrire dans le projet d’études avancées de la Maison Suger, et plus précisément de la MSH/DEVAR.

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