Séminaires / 2006-2007
A l’occasion de cette saison, nous souhaitions nous concentrer sur l’étude détaillée de figures de passage et de médiation du singulier, telle la Collection, ainsi que sur les fonctions et les modalités de ces transformations/ conversions. Si la notion de collection en anthropologie ravive tant une méthode, un regard qu’une époque, il serait essentiel de s’interroger sur l’évolution historique et politique de notre discipline et regarder précisément le statut, le traitement, les modes de représentation actuels qui permettent de convertir le singulier. La collection en tant que mode d’appréhension de l’autre n’a-t-elle pas officiellement disparue pour s’incarner dans un regard, une perception, une technique ? Dans la vie courante en effet, nous sommes souvent confrontés à des collections, même lorsque nous sommes loin de l’imaginer et d’en faire état. Et cela ne concerne pas seulement le collectionneur constituant une collection d’œuvres d’art (de peinture par exemple) ou le visiteur parcourant une collection accrochée à l’occasion d’un vernissage, ou encore le transporteur chargé de déplacer cette collection pour l’acheminer vers un nouveau lieu d’exposition. Les collections sont beaucoup plus présentes dans nos vies quotidiennes que nous le pensons généralement. En anthropologie, la collection, noble héritière des cabinets de curiosité et des chambres d’art si répandus au XVI et XVII siècle, influa considérablement tant sur les méthodes de recueil des données que sur les modèles et les techniques de mise en scène des observations scientifiques. Ces collections ethnographiques constituées, méthodologiquement ou instinctivement nous livrent des clefs d’entrée exceptionnelles pour saisir non seulement le cheminement intellectuel de nos sociétés en prise avec la question de la classification que les valeurs de ces collections prises comme des « formes intermédiaires » comme Aby Warburg le suggère. Mais pourquoi laisser entendre le primat de la collection sur les objets collectionnés eux-mêmes ? D’ordinaire, on comprend la collection comme collection de quelque chose, et ces choses sont pensées comme préexistant à la collection, plus originaires qu’elle en quelque sorte. Entendons-nous bien : en affirmant le primat de la collection sur les objets collectionnés, il n’est pas simplement question de proposer un amendement lexical pour parler de collections là où l’on parle habituellement d’ensembles, de classes, de groupes, de catégories, d’amas et d’objets. Ce qu’au contraire nous voulons montrer en introduisant la notion de collection à l’origine de la pensée des choses, c’est que sa promotion à la racine de nos dispositifs catégoriels et conceptuels permet de revisiter le réel de nombre de nos activités cognitives, et par exemple de viser avec plus d’exigence l’adéquation de nos outils d’aide informatisée à cette réalité. Si la recherche de fond est inchangée dans son principe et que le principe d’un séminaire avec réunion de travail mensuel est maintenu, la différence avec la première année portera sur la mise en place d’une phase d’étude, de recherche de développement et de valorisation, en partenariat avec des organismes universitaires et industriels, nationaux ou internationaux. A cette fin, nous souhaitons nous inscrire dans le projet d’études avancées de la Maison Suger, et plus précisément de la MSH/DEVAR. |
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