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E-médiations Territoriales

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BESOINS DEMANDES

RM & HH 20200627

Le besoin peut être défini comme la quantité d’énergie et d’information nécessaire au maintien d’une structure. Cette structure peut être innée, comme la structure biologique du corps humain, les besoins sont dits instinctuels ; Elle peut être acquise, les besoins résultent alors de l’apprentissage, de l’intériorisation de structures sociales, d’institutions. Au-delà le besoin disparaît, car nous n’avons pas besoin de ce que nous ignorons. Le couple Informations-Besoins est au cœur du maintien, de l’évolution ou de la transformations des structures socio-économiques des villes et des territoires. [600]

Les communautés humaines institutionnalisent leur subsistance sur une définition doublement contextualisée des besoins : du point de vue de la géographie physique (climat, environnement, ressources) et de la géographie humaine (politique, histoire, valeurs, croyances). Un besoin (Requirement) est une déclaration formalisée à laquelle correspond certaines fonctionnalités ou objectifs, dont les résultats (Outputs) auront un impact à long terme. Un besoin contribue à une finalité (Outcome) et répond transitoirement à une demande (Need). Une demande est l’expression individuelle ou collective d’une finalité jugée nécessaire ou désirée, difficilement formalisable, car le plus souvent exprimée comme une préoccupation générale. Elle ne contient ni objectif spécifique, ni résultat mesurable (Output).

Les finalités - tout comme les demandes qu'elles reflètent - sont moins prévisibles et moins faciles à résoudre que les objectifs, mais déterminent néanmoins la formation de ces derniers. Une déclaration telle que “nous désirons plus de démocratie” est une demande nécessaire, mais bien que nous puissions avoir le sentiment de le savoir lorsque nous le vivons, aucun état final ne peut être mesuré, car elle n’est pas définie explicitement. En revanche un besoin du type “nous voulons des dispositifs numériques permettant de proposer des projets d’actions locales et leur affecter par vote une part du budget municipal”, vise un objet précis qui conduira à un résultat mesurable (Output).

Un problème récurrent de la transformation numérique des territoires, réside dans le fait que les besoins/objectifs sont souvent formulés en l'absence de relation ou de compréhension réelles, de la demande/finalité sous-jacente. Dans notre exemple, bien que le résultat (Output) soit univoque - une gestion partagée de la dépense publique - il ne conduira pas nécessairement à la finalité (Outcome) désirée - la démocratie. La finalité “plus de démocratie” peut tout autant viser implicitement d’autres besoins tels que : contrôle des marchés publics, collaboration citoyenne pour réduire les investissements inutiles, transparence pour lutter contre la corruption ; accès à l’information publique et usage libre etc. Il convient donc d’accompagner une explicitation de la demande, pour laquelle contexte, discussion et clarification, aideront à déterminer quels objectifs transitoires sont les plus appropriés à la finalité désirée et quels résultats mesurables (Outputs), pourront alors être mis en correspondance avec des besoins tout aussi spécifiques.

Actuellement les finalités des communautés humaines se transforment profondément, nos modèles de développement socio-économiques exigent durabilité, résilience et régénérescence environnementale. De nouveaux besoins, habitants ou métiers, émergent dans des domaines tels que : gestion durable des ressources (eau, alimentation, énergie, matières premières, biodiversité) ; limitation ou recyclage des déchets ; santé et sécurité ; culture et éducation ; administration publique et services publics ; aménagements résidentiels, de travail et espaces publics ; transports et communications, etc. Le travail d’explicitation des demandes sera d’autant plus important, que celles-ci sont aujourd’hui plus que jamais liées à de vastes besoins sociétaux, économiques, politiques ou commerciaux. Des objectifs très hétérogènes peuvent alors converger afin de pouvoir fournir une réponse adaptée à ces finalités et des besoins multiples traduire ces demandes émergentes.

La division du travail, raison majeure de l’apparition des cités, a déterminé l’interdépendance entre individus au sein d’un même groupe social qui ne pouvaient alors plus assurer seuls l’entière satisfaction de leurs besoins. Cette interdépendance s’est progressivement déplacée et institutionnalisée à l’échelle d’organisation supérieure : la région, devenant tributaire d’autres régions, du fait de la spécialisation industrielle qui la caractérise. La régionalisation est aujourd’hui moins déterminée par ses structures internes, issues de normes séculaires, que d’une structuration à l’échelle mondiale des rapports entre sous-ensembles régionaux et vastes ensembles socio-économiques qui les entourent. Dans cette complémentarité fonctionnelle trois structures évoluent encore à vitesse différente : la structure économique, la structure sociale (besoins appris) et la structure écologique (besoins instinctuels). La première est fonction de l’évolution scientifico-technique et de son emprise croissante sur l’environnement matériel ; La seconde, largement subordonnée à la première, capitaliste marchande comme étatique autoritaire, reste encore figée sur une croyance en l’expansion continue. Les alibis logiques - valeurs et philosophies - du besoin de profit maximum, articulé à la domination monopolistique comme finalité, restent les expressions falsifiées d’un inconscient archaïque inexprimable en langage raisonnant. La troisième subit la colonisation des deux premières, base invisible progressivement érodée, vérité méconnue par le sommeil de la raison, qui conditionne pourtant l’existence et la direction même des échanges socio-économiques. Les transformations nécessaires de ces finalités environnementales, sociales et économiques, sont le lieu de rapports de force considérables, au sein desquels maîtrise de la production des données, de la distribution de l’information et de la médiation des connaissances, constituent un enjeu politique sans aucune commune mesure dans notre civilisation, dans la mesure où les besoins environnementaux, sociaux et économiques actuels doivent être satisfaits sans compromettre l’aptitude des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

Le contrôle des TIC joue alors un rôle essentiel dans leurs capacités à créer et programmer les besoins nécessaires à transformer ou à maintenir les structures socio-économiques dominantes qui les ont faits naître. La publicité point à masse, crée par exemple des automatismes basés sur des jugements de valeur où chacun a besoin de posséder les signes, objets et comportements du groupe social qui le domine et auquel il souhaite appartenir (conformisme utilitaire). L’économie comportementale, point à multipoints, a affiné la programmation/régulation des besoins et de leurs automatismes grâce aux instruments de profilage et outils de distribution micro-ciblée de l’information, par exemple avec le crédit social en Chine, la publicité en ligne ou le micro-crédit. Les besoins peuvent évoluer, ceux qui paraissent essentiels aujourd’hui, sembleront secondaires aux générations futures de citoyens, évolution qui ne constituera pas pour autant nécessairement un progrès en termes de finalités. Le conformisme utilitaire créera en effet d’autres besoins, uniformisés et homogènes, personnalisés et particuliers, en modifiant à la marge le milieu social, au gré de ce qu’il identifie comme pouvant servir son expansion économique. Sur ce point, Uber (transport, livraison) ou Airbnb (logement), fournissent des exemples très nets de subordination des finalités sociales, en l'occurrence le partage et la collaboration, à la domination monopolistique comme finalité économique.

Les technologies numériques VTDI peuvent, sous certaines conditions, apporter aujourd’hui l’étayage socio-technique indispensable à élaborer la connaissance et l’information nécessaires à accompagner cette transformation des finalités subordonnées à la structure écologique, tout en tenant compte des très fortes interdépendances sociales, économiques, politiques et commerciales, mais aussi, et surtout, à adapter les besoins métiers & citoyens en leur proposant des objectifs transitoires mieux contextualisés, des résultats mesurables sur lesquels ils ont un droit de regard et d’ajustement continu.

Les média émergents, par exemple les méthodes d’intelligence artificielle, ouvrent des possibilités multiples d’impulser et d'accompagner les transformations dans les villes par des moyens nouveaux. La technologie n'est pas une finalité, mais un vecteur d'innovations qui apporte des résultats (output) ayant des impacts à long terme et répondent transitoirement aux finalités (Outcome). Accroître le capital informationnel par acquisition d’expériences et de données nouvelles (par exemple via les méthodes perceptives d’intelligence artificielle), assurer leur compréhension, contrôle et apprentissage par le groupe social (e-médiations), comme par les machines (via les méthodes cognitives d’intelligence artificielle), deviennent alors des besoins vitaux. Ces connaissances de fond, constituent une base et un préalable essentiels à partir desquels pourront émerger des transformations institutionnelles, de nouvelles structures socio-écologiques, de nouvelles demandes et des besoins plus fins articulés respectivement à leurs finalités et à leurs objectifs mesurables, susceptibles d’assurer un meilleur contact entre sciences naturelles et sciences humaines et sociales (SES, ou « Socio-Ecological Systems »), cadre génératif à l’intérieur duquel les acteurs pourront simultanément entreprendre et innover afin de répondre de manière adaptée à de nouveaux besoins.

Compte tenu de la complexité des écosystèmes biologiques et des institutions humaines, de leurs variations dans l’espace et le temps, de la diversité des demandes et des besoins à leurs égards, il n’existe pas de réponse simple et universelle. Lesdits besoins doivent être exprimés puis mesurés par l’intermédiaire de d'indicateurs* clefs et prioritaires pour les villes, numériquement aménagés (données qualitatives et quantitatives, capteurs, Iot, statistiques) et structurellement articulés entre eux (ontologies). Ces indicateurs tendent à couvrir la réalité sociale de notre environnement, ville et territoires, mais doivent de plus harmoniser un équilibre glocal*. S’organiser pour répondre à la plus grande exhaustivité de ces besoins, de leurs indicateurs, de la médiation / médiatisation de la mesure est une condition de la prospérité. En cela les technologies numériques des VTDI sont à même de rendre progressif, le moins douloureux socialement parlant, l'organisation rationnelle qui induira une réponse sociale vertueuse, un aménagement territorial et une offre économique correspondant à un maximum de besoins des plus évidents aux plus difficilement prévisibles qui soient. L’aspect pragmatique, informationnel et communicationnel de ces questions exige, pour que la réponse aux besoins s’opère, un arbitraire normatif des termes mêmes de l’échange : normaliser et organiser de façon computorisable un maximum d’indicateurs* contextualisés et paramétrés en conformité et en convenance avec les territoires.

Convenir* du choix des indicateurs*, les quantifier et mesurer l’écart Objectif - Résultat :
1/ Aiguiser une conscience sociale de la demande et des finalités par la médiation scientifique
2/ Formaliser collectivement les besoins ad-hoc et les objectifs à atteindre
3/ Choisir des indicateurs (convenir, quantifier et mesurer)
4/ Surveiller démocratiquement le couple objectifs / résultats
5/ Assurer une médiation continue du couple demande (1) / réponse (2) et ajuster au continu. Retour en (4 ) : améliorer les résultats ; en (3) : affiner la mesure ; ou en (2) : définir de nouveaux objectifs ad-hoc.

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besoins_demandes.txt · Dernière modification: 2021/03/12 12:24 de renan