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CHARTE d'AALBORG NUMERIQUE

En urbanisme le passage de la charte d'Athènes (1933 > 1960) à la charte d'Aalborg (1994) marque le passage de la ville fonctionnelle, rationnaliste et techniciste à une ville dense et à une mixité des fonctions urbaines. Ce passage peut analogiquement être comparée aujourd'hui à la dynamique de desilotisation des données. la conception de la Smart City, et la logique du branchement ressemble à) la charte d'Athènes.

Le principe de la charte d'Athènes reposait sur le “Zônage”, ou séparation de zones indépendantes pour les quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures de transport, ou quatre fonctions : « habiter, travailler, se recréer (loisirs dans les heures libres), circuler ». C'st une opération qui a pour but d'attribuer à chaque fonction et chaque individu sa juste place. La ville devient une entreprise étudiée en amont soumise à un plan général.

Le programme urbain, basé sur données économiques, nécessités sociologiques, valeurs spirituelles, anticipe et intégre l’avenir. On distingue le pouvoir prévisionnel attribué à la science et l’architecture-urbanisme. Le futur peut être connu à l’avance. Mais quel est au juste ce futur, cette société à venir ? De quel programme économique et politique peut-il s’agir ?

Le zonage visait à mettre de l'ordre dans le territoire urbain mais court progressivement le risque de se faire projet d'organisation totale de la vie.

Au service de quel projet fondamental est ici convoquée la morale bourgeoise, celle des philanthropes et hygiénistes des XIXe et XXe siècles, qui veut assainir le travailleur, supprimer la révolte, attacher l’homme à son foyer, bref le priver des « joies » et vices de la grande ville ? Et comment combine-t-on au juste une telle vision avec les principes par ailleurs formulés d’égalité (fin de l’intérêt privé, bonheur pour tous) et de justice minimale (exigence de conditions de travail correctes perçue à tra-vers, on l’a dit, le problème des distances trop longues et trop pénibles entre le lieu de travail et le logement) ?Derrière ce vague programme politico-moral, que trouve-t-on finalement ? Le Corbusier projette un monde où le machinisme demeure. Bien qu’il doive absolument être aménagé (puisqu’il est la source du chaos), il a au moins un intérêt majeur : il libère du temps de loisir. Par ailleurs, et bien que des principes d’inspiration socialiste soient adoptés (éloge de l’intérêt collectif, principe d’égalité, etc.), le projet de société proposé ici semble être avant tout un aménagement de la société industrielle capitaliste (désignation jamais utilisée) mais non un appel à la fin de ce système. Les conditions de vie et de travail doivent être améliorées à travers l’aménagement d’espaces nouveaux (loisirs, circulation, etc.) mais le travail ouvrier et le rapport capital/travail de l’ère machiniste ne sont pas, en eux-mêmes, interrogés. De même les loisirs (repos, aération, exercice physique, etc.) semblent avoir pour fonction première de renouveler la force de travail. Il n’y a pas ici d’appel à la révolution (fin du système et création d’un nouveau) mais un appel à l’amélioration du système en place — une mise en ordre de celui-ci. Le projet n’est, en ce sens, pas bien neuf — et bien moins étayé et réfléchi que les projets socialistes, et même hygiénistes, dont il semble s’inspirer.

La « cité », évoquée à plu-sieurs reprises (« L’architecture préside aux destinées de la cité »), prend alors un sens étrange : elle renvoie moins à l’organisation de la vie collective (objet même du politique) qu’à l’aménagement spatial de la ville (assuré par des professionnels)8. Ou plutôt, la cité au sens politique semble absorbée dans la cité au sens urbanistique tandis que le pouvoir politique est absorbé par l’architecte et mis au service de celui-ci.

Le propos est explicite : il ne faut pas un peuple qui pense, qui s’émancipe, qui formule ses propres objectifs et formule ses propres pistes d’action mais un peuple qui sera éduqué de telle sorte qu’il désirera ce que les « spécialistes » (les architectes en premiers) ont élaboré pour lui. Il n’est donc aucune-ment question de démocratie. Se profile bien plutôt un régime politique dirigé par les archi-tectes et « spécialistes », autrement dit une technocratie.

Nombreuses contestations d'Athènes, initiatives, visant à mettre en relation habitant, ressource et pouvoir, pistes artisanales et une prise en compte de la dimension communautaire, parfois tribale et religieuse mise en œuvre dans la conception du plan et l’important travail ethnographique.

Ekistique met l'accent sur les influences réciproques de l'homme et de son milieu.

les propos de Turner ont une portée salutaire: «L’autonomie locale ou l’autogestion (à ne pas confondre avec l’autarcie ou l’autosuffisance) sont indispensables à une bonne utilisation des ressources, mais celle-ci dépend aussi du soutien que lui procurent la loi et le gouvernement. L’assistance plus ou moins bien intentionnée inhibe les hommes et provoque autant de gaspillage que [leur] suppression plus ou moins mal intentionnée». apparaît, à la faveur d’expériences qui viennent du reste du monde et non plus de la seule Europe, qu’une solution unique d’habitat n’est plus aussi évidente qu’une approche étroitement biophysiologiquede l’humanité pourrait le laisser croire. Les différences prennent un relief que les avancées de l’anthropologie accusent encore, ruinant en partie l’utopie qu’une trans-position des modèles du logement moderne à des contextes culturels et de développement très contrastés est en mesure d’assurer une meilleure condition d’habitat pour les populations sorties de la domination coloniale.

le «détour anthropologique» constitue une clef indispensable à la définition de propositions architecturales plus en phase avec des attentes sociales et culturelles irréductibles à une simple dimension matérielle exprimée par le con-cept de besoin.

charte_aalborg_numerique.txt · Dernière modification: 2019/11/04 17:43 de renan