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E-médiations Territoriales

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COALITIONS DE CROISSANCE

RM

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Unions informelles d’acteurs socio-économiques qui engagent un rapport de force avec la puissance publique ou la gouvernance locale afin de réorienter leurs stratégies de renouvellement urbain dans le sens d’une plus grande attractivité, croissance territoriales et augmenter la valeur foncière et immobilière du territoire.

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Plusieurs phases successives de coalition de croissance urbaine peuvent être identifiées, à chaque fois étayées par un modèle socio-économique dominant, des discours programmatiques et des injonctions institutionnelles. Dans les années soixante-dix les acteurs traditionnels de l’urbain, promoteurs immobiliers, construisent et aménagent horizontalement l’espace – étalement urbains, suburbanisation – portés par des politiques néo-keynésiennes de grands travaux publics. Dans les années quatre-vingts entrent en scène les acteurs liés à la financiarisation portés par des politiques néo-libérales qui aménagent verticalement la ville. A partir des années quatre-vingt-dix, émergent les acteurs de l’énergie portés par les politiques de développement durable (ONU rapport Brundtland 1987).

A la fin des années quatre-vingt-dix la rhétorique économique libérale et ses politiques dérégulatrices s'emparent des « autoroutes de l’information », dont le rapport Bangemann fixera en 1994 les stratégies Européennes. Ces autoroutes accélèrent la circulation massive de capitaux en temps réel à échelle globale et contribuent à faire émerger un puissant territoire archipelisé de grandes capitales boursières (Global Cities*).

Au fur et à mesure que se contracte l’État social keynésien, la puissance publique de plus en plus endettée ne fait alors plus l’objet de pressions et devient progressivement partie prenante des Partenariats Public Privé (PPP). De leur côté les grands acteurs économiques qui se déploient à échelle mondiale pèsent de plus en plus sur la gouvernance urbaine, des villes et de leurs territoires, tant au niveau des transports, des réseaux, de l’énergie, de l’eau, de la gestion des déchets et des systèmes d’information. Ce phénomène s’accentue depuis la crise de 2008 qui fait désormais porter un risque sur les logiques d’ancrage territorial et d’investissement temporel à longue durée.

Les grandes entreprises de services urbains mondialisées déploient alors de nouveaux arrangements spatio-temporel (Spatio-Temporal Fix) et s’organisent à échelle globale afin de limiter les crises inhérentes au capitalisme post-industriel. Leurs investissements sont réalisés à une telle échelle que les métropoles régionales deviennent des Premium Space, des lieux où leurs projets seront facilement financés, où se trouvent les besoins comme les ressources les plus importants et les plus fortes capacités de rentabilité. Cette logique parfaitement rationnelle d’un point de vue économique, contribue à accentuer la différenciation des territoires, notamment en terme d’inégalité d’accès aux « services universels », elle fragilise les solidarités territoriales et les stratégies de péréquation des Etats. Cet entrepreneurialisme urbain libéral dur provoque des effets négatifs (augmentation des inégalités, gentrification, émeutes).

Les Etats européens reviennent alors sur le devant de la scène avec des préoccupations nouvelles, notamment sociales et environnementales (développement durable, participation citoyenne, inclusion*, patrimonialisation des friches industrielles transformées en loft pour les classes créatives), sans pour autant remettre en question la mise en compétition structurelle des territoires. Dès lors ces inégalités tendent à ne plus être un problème « en soi » relevant d’une dimension éthique (la solidarité sociale, la protection de l’environnement), mais un problème d’attractivité et de compétitivité qui relève d’une dimension utilitariste et répond à des objectifs, des indicateurs et une mise en agenda (éviter les violences urbaines ou limiter la pollution).

C'est dans ce contexte que la SmartCity joue depuis 2008 un rôle important dans l’absorption du surplus de capital, actif à grande valeur, elle offre des débouchés rentables et constitue un nouveau vecteur d’attractivité pour les territoires. L'intelligence de son système technique vise moins l'optimalité infrastructurelle que la gestion optimisée et l'intégration superstructurelle des quatre phases précédentes de coalition de croissance.

Elle fait converger quatre types de programmatique : informatique avec la mise en algorithme de l’urbain, socio-économique articulée à sa coalition de croissance, politique avec l’exploitation des données personnelles qui modifie en profondeur les rapports de pouvoir, et enfin en terme d’investissement du capital mondialisé. Ces programmatiques répondent d’une pragmatique archétypale majoritairement dominée par la logique extérieure du branchement (ou le global subordonne le local) et d’une mondialisation par le haut TopDown, qui tend à gommer les frontières spatiales (topie), temporelles (chronie) et sociales (stratie), contribuant à une mondialisation de l'urbain et à un effacement progressif des contextes*.

Un des grands enjeux du XXIème siècle consiste en une réappropriation démocratique de ces coalitions afin d'opérer un glissement vers des coalitions de développement endogène durable, singulières, polycentrées, bottom to bottom.

coalition_croissance.txt · Dernière modification: 2021/02/09 19:55 de renan