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E-médiations Territoriales

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CYBERGUERRE

Jean-Max NOYER (022021)

La notion de Cyberguerre est un des attracteurs d’un agencement militaro-stratégique qui lie un ensemble d’autres notions plus ou moins proches, qui expriment un certain nombre de pratiques stratégiques et tactiques liées à la noosphère numérique et aux infrastructures qui assurent la métastabilité et la gouvernance du monde comme milieu décisif, où les questions de la dominance des puissances se posent de manière intense, où la polémologie se déploie de manière parfois inédite.

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Les actants qui fabriquent et expriment tout à la fois ce vaste territoire conflictuel, sont très nombreux, hétérogènes et leurs écologies relationnelles variables. Toutefois cette notion est suffisamment large ou floue, pour tenter d’en préciser le sens, d’identifier les écarts ni négatifs ni restrictifs, avec certaines notions voisines les reliant ainsi dans leurs différences mêmes.

Ainsi, elle se différencie du cyberespionnage* car ne s’épuise pas dans le vol d’informations quelconques, pas plus qu’elle ne se résume au grand jeu mondial des nations, des entreprises (espionnage économique) ou encore des centres de recherches, s’espionnant les uns, les autres. Elle s’écarte de la cybercriminalité, n’étant pas un piratage à but lucratif comme la fraude bancaire ou les attaques de ransomwares qui cherchent à extorquer de plus ou moins vastes populations de victimes. Elle ne recouvre pas la guerre de l'information, notion beaucoup trop vague, tantôt surdéterminante recouvrant un vaste ensemble de domaines et de conflictualités, tantôt réduite à la guerre des médias incluant les chocs de propagandes, des stratégies et tactiques de désinformation, le trafic des nouvelles et la fabrication des narrations en général. Bref toute une agonistique des récits à des fins de domination qui peut être aussi associée à des opérations de piratage, ou de fuite.

La cyberguerre a des liens plus ou moins forts avec toutes ces pratiques. Ce qui la caractérise en son cœur, est son association directe à la transformation profonde des champs politico-stratégiques, à la différenciation des territoires comme hybrides, des sols dits archaïques et des sols comme processus, sous les conditions du plissement numérique* du monde (« Digital folding ») et donc à la place croissante d’infrastructures complexes constituant un enchevêtrement lui-même complexe de couches techniques et de protocoles, de réseaux et d’interfaces, de serveurs, de clouds etc. Ce nouveau champ stratégique va des sols originaires à la ceinture orbitale en passant par un enchevêtrement de réseaux avec leur protocole, les réseaux de serveurs, réseaux de bases de données, réseaux de blockchains*. Ce champ est couplé au vaste processus d’urbanisation mondial, à un puissant mouvement d’artificialisation qui traverse les domaines majeurs, vitaux ainsi que les dispositifs de production en général. La Cyberguerre consiste donc à introduire les actions stratégiques et tactico opérationnelles au milieu des « Cyber Physical Social Systems* » et en particulier des « Cyber-Physical-Social Systems for Command and Control ».

Au plan international, l’enchevêtrement de ce qui relève d’un ordre Westphalien et Post-Westphalien, et de ce qui relève d’un ordre archipélagique de réseaux et de strates numériques, plus ou moins Open, avec des souverainetés différenciées, produit un milieu de milieux dont la gouvernance et la conflictualité passe par la prolifération algorithmique, des interfaces, d’objets techno guerriers hybrides et par la formation d’intelligences collectives distribuées de plus en plus performantes et innovantes. La cyberguerre est encore de ce point de vue l’expression et l’exprimé de la tension entre de nouveaux modes planificateurs et centralisé et des modes organisationnels auto-organisateurs. Entre systèmes centrés et a-centrés. Guerre en essaim (« Swarming battle ») et intelligence en essaim (« Swarming Intelligence ») donnent une configuration du champ de bataille inédite où de nouvelles normes, de nouvelles interfaces, de nouveaux modes régénératifs et de résilience sont à l’œuvre jusque dans le cadre de conflictualités destructrices. La « Starling murmuration », ou le vol en essaim et coordonnée des étourneaux, en est sa métaphore dans notre monde naturel.

La cyberguerre nous met donc en situation, d’avoir à renouveler notre compréhension des territoires. Les territoires et frontières antérieurs ont été délimités par la cartographie à travers des processus extractivistes, une histoire faite de violences et de contradictions définies par le pouvoir dans l'intérêt du pouvoir, plus ou moins prédatrices, par une géopolitique essentialiste, des conquêtes des sols et des populations. Nous devons donc désapprendre les façons dont nous comprenions auparavant le territoire, tout en ne nous aveuglant pas sur les bio-politiques des réseaux et les manières nouvelles de concevoir les souverainetés. La cyberguerre pense les territoires comme vastes dispositifs relationnels, topologiques, pour partie processuels, selon des échelles variées. Elle s’appuie pour ce faire sur des plateformes dont le principe actif est la scalabilité et qui peut s’étendre à l’internet des objets (plus tard très certainement à “l’internet of body”) et la technologie de fusion des données.

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cyberwar.txt · Dernière modification: 2021/03/12 11:25 de renan