DESINTERMEDIATION
MQ 20191230
La désintermédiation désigne le processus de suppression ou de perte d’utilité progressive d’un intermédiaire, généralement accompagné, en parallèle, d’une réintermédiation par une nouvelle catégorie d’intermédiaire.
La désintermédiation peut s’opérer spontanément lorsque le contexte évolue, notamment sous l’angle technique, avec une réduction des barrières communicationnelles entre les entités. Néanmoins, la désintermédiation est souvent provoquée par de nouveaux intermédiaires, de substitution, plus efficaces et moins couteux, il s’agit du phénomène de réintermédiation. Il convient également de noter la désintermédiation résultant de l’absorption d’une des entités mise en relation (généralement le producteur ou le distributeur) par l’intermédiaire.
La suppression de formes d’intermédiation humaine a été largement accélérée par le machinisme, l’électronique, l’informatique et Internet. La généralisation d’Internet et des réseaux de pair-à-pair a créé une importante dynamique de désintermédiation et de substitution des traditionnels intermédiaires physiques par des intermédiaires numériques, via l’apparition de plateformes de mise en relation. Cette désintermédiation contemporaine s’appuie en grande partie sur la simplification de la mise en réseau des consommateurs et des producteurs ou fournisseurs, grâce à des bases de données importantes, l’utilisation du machine learning et l’utilisation de capteurs permettant une mise en relation personnalisée en temps réel. Ce phénomène a entraîné la disparition de certaines activités d’intermédiation, à l’image des agences matrimoniales ou ont été largement affaiblies comme les agences de voyage ou les centrales de taxi, des plateformes numériques remplissant ce rôle plus efficacement, en tirant pleinement profit des données personnelles et des nouvelles technologies de l’information, avec un coût de fonctionnement moindre. De nouveaux intermédiaires ont également fait leur apparition dans ce contexte, en créant des besoins jusqu’alors inexistants ou peu exprimés, c’est le cas par exemple des applications de commande de nourriture, intermédiaires entre le client et les restaurants du réseau ou des services de cloud computing, intermédiaires entre le client et le matériel de stockage, jusqu’alors directement détenu par le client. Dans la continuité des réseaux de pair-à-pair, la blockchain, technologie de registres distribués ou décentralisés, présente un potentiel élevé de désintermédiation. La désintermédiation par blockchain se veut plus profonde en rendant les entités autonomes des plateformes éditées par des sociétés privées et en créant des écosystèmes pair-à-pair ne dépendant que, conjoncturellement, de plateformes autonomes, non-centralisées et open source.
La blockchain, en ce qu’elle permet d’apporter des preuves fiables, permet une désintermédiation inédite d’une certaine catégorie d’intermédiaires jusqu’à récemment considérés comme difficiles à remplacer, les intermédiaires de confiance. Les contrats intelligents, scripts autonomes fonctionnant sur blockchain, permettent d’ériger des conditions et règles d’interaction et ainsi de désintermédier des fonctions connexes à celle de la stricte authentification. Cette désintermédiation pourrait ainsi avoir des incidences importantes sur les intermédiaires financiers, mais également sur des professions réglementées comme les notaires ou les huissiers et plus profondément sur la place de l’Etat et des institutions publiques dans leur rôle de tenue de registres, notamment les registres d’état civil ou territoriaux.