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E-médiations Territoriales

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PARTICIPATION

Smail KHAINNAR (12072021)

Depuis l’abandon de l’urbanisme de « plan » des « trente glorieuse » et l’adoption de l’urbanisme de « projet », à partir du début des années 80 suite aux lois relatives à la décentralisation, la notion de participation citoyenne est devenue centrale dans la conduite et la gestion des projets urbains. Avec leur intrusion dans les divers domaines de l’activité humaine (télétravail, éducation, mobilité, etc.), les TIC deviennent un ingrédient majeur dans les processus participatifs mis en place en amont des démarches de projet urbains. Cela en introduisant à la fois, d’une part, de l’instantanéité et de l’immédiateté dans les échanges informationnels, de la capacité à visualiser les futurs projets en cours de création, de la possibilité à co-concevoir les scénarios urbains et architecturaux, etc. et, d’autre part, de la crainte et de la méfiance chez les acteurs destinataires (habitants, usagers de l’espace, administrés, bénéficiaires d’un service, etc.) qui ne les maîtrisent pas.

Derrière le vocable de « participation citoyenne » se cache 4 formes d’implication des acteurs destinataires dans les processus décisionnels en matière de démarches urbaines. En partant de la forme de participation la moins engageante, il est à distinguer : l’information, la consultation, la concertation et la codécision. Chacune de ces formes concerne une cible différente (en allant du public large (les habitants d’une ville, par exemple) pour la première forme jusqu’à seulement le public concerné directement par le projet (représentants de l’association d’un quartier, par exemple)). Sur un versant informationnel, la tendance est inversée. La forme de participation la moins engageante mobilise un contenu informationnel quantitativement et qualitativement pauvre (dates, acteurs, montants, objet du projet). La dernière forme de participation citoyenne, quant à elle, manipule des informations très riches et variées aussi bien quantitativement que qualitativement (informations stratégiques, sensibles, etc.). Avec les nouvelles cultures de conception urbaine (codesign, design des politiques publiques, acuponcture urbaine, éducation populaire, etc.), la tendance penche plutôt vers de la codécision, où l’usager final est considéré comme un acteur à part entière. Dans cette dynamique implicative, les TIC, au travers d’un usage situé et circonstancié, constituent des ingrédients incontournables dans la mise en place d’une communication efficace entre les acteurs destinateurs (politiques, décideurs, etc.) et les acteurs destinataires. Cela en permettant à ces derniers de mieux représenter la démarche (selon le point d’entrée choisi par les acteurs destinateurs : par « étape » : représenter le diagnostic et/ou le programme, et/ou l’esquisse, et/ou le projet, etc., ou par « thématique » : espaces verts, éclairage, etc., ou par « … » ).

Les étapes « amont » d’un projet urbain, en allant du diagnostic jusqu’à la conception urbaine, permettent aux acteurs de la démarche de cheminer de leurs « desseins » intériorisés (idées, intentions, visées, etc.) aux « dessins » (comme traduction graphique desdits desseins). Tout outil de représentation (divers dessins, maquettes, etc.), avec son arsenal médiatique, est à mobiliser durant ces étapes pour assurer un passage harmonieux du « réel vécu», avec ses imperfections et dysfonctionnements, au « futur projeté », avec ses solutions et remèdes. Durant ces débats urbains, qui sont censés être des moments de communication, d’échange et de construction de sens, des ruptures représentationnelles naissent, se développent et s’accentuent entre les deux figures d’acteurs. En effet, la réalité du terrain montre le plus souvent que, pendant que les acteurs destinataires sont pleinement sur le « registre vivable » de la ville en représentant ses désordres et alias, les acteurs destinateurs, quant à eux, sont déjà passés au « registre dessinable » de la ville en représentant les futures caractéristiques (fonctionnelles, structurelles, esthétiques, etc.) de l’artefact (urbain ou architectural) en cours de conception. Ainsi, les outils médiationnels convoqués (dessins, maquettes, visites virtuelles, etc.) par les acteurs destinateurs ne sont plus adaptés à ces moments de partage et de pédagogie qui sont censés introduire de la pluridisciplinarité ( la richesse de points de vue en impliquant les acteurs destinataires) et de la tangibilisation dans les choix et partis urbains co-construits. De ce fait, un usage situé et circonstancié des TIC, en fonction de la particularité de l’étape du projet, constitue l’antidote à toutes ces formes de ruptures représentationnelles qui peuvent être à l’origine de plusieurs maladies info-communicationnelles dans le cadre de la conduite et gestion des projets urbains (incohérence, ambiguïté, infobésité, méfiance, rejet et non-appropriation du projet, etc.).

eparticipation.txt · Dernière modification: 2021/07/18 10:49 de renan