Outils pour utilisateurs

Outils du site


Panneau latéral

Decouvrir les 100 Notions

E-médiations Territoriales

etat_plateforme

ÉTAT PLATEFORME

RM 20200626

L’Etat plateforme conçoit le gouvernement comme une plateforme ouverte, un système génératif dans lequel les solutions ne sont pas préalablement définies, mais peuvent évoluer grâce aux interactions entre gouvernants et gouvernés. Le gouvernement devient un fournisseur de services dont il active les communautés d'utilisateurs pour innover.

[338]

La notion est née aux Etats-Unis et s’inscrit dans le mouvement des Gouvernements Ouverts*, transparents, participatifs et collaboratif, qui encourage l’engagement des citoyens dans les affaires du gouvernement et leur collaboration effective dans la conception de ses programmes. L’Etat-Plateforme fournit un cadre structurel à ce mouvement, en faisant de l'information produite, par et pour le compte des citoyens, un nouveau moteur de développement socio-économique et d’innovation que les gouvernements ont dès lors la responsabilité de traiter comme un bien public. Le “Bon Gouvernement Numérique” filtre, structure, expose intelligemment via des Interfaces de Programmation (API) les données d’intérêt général* ainsi que les données sous jacentes à ses infrastructures matérielles et institutionnelles (Underlying Data) et garantit une bonne exploitation de ce patrimoine public numérique à tous les échelons du territoire (Open-Data*). Plutôt que de concevoir des services numériques qui s’efforcent de répondre au besoin de chaque usager, l’Etat se concentre sur la création d'une infrastructure simple, fiable et accessible au public, selon le principe d'ingénierie qui consiste à séparer les données de l'interaction et pour lesquelles il formalise, des règles claires de coopération et d'interopérabilité.

Le modèle d’État-plateforme pourrait rétrospectivement s’appliquer à tous les grands investissements infrastructurels ou institutionnels de services publics, tels que les réseaux routiers, de chemin de fer, hertziens, de fibre optique ou encore de satellites, dans la mesure où le gouvernement met à chaque fois en œuvre un cadre relatif à leur utilisation : politiques, lois, codes, normes et réglementations. Un cadre ouvert et génératif à l’intérieur duquel de multiples opportunités d’actions sont possibles pour les citoyen-usagers qui s’approprient l’infrastructure : innover, entreprendre, proposer de nouveaux services etc. La générativité désigne en psychologie une forme d’auto-réalisation dans laquelle une personne en harmonie avec son milieu, agit sans visée prédatrice, de manière positive, créative, et devient alors capable de contribuer positivement à ce milieu en favorisant la réalisation d’autre personnes. L’État Plateforme, conçu comme un système génératif, désigne alors la capacité à créer ou produire de nouveaux résultats, solutions, structures ou comportements, sans intervention du fondateur du cadre infrastructurel ou institutionnel. Les systèmes génératifs reposent sur un principe selon lequel les idées les plus créatives ne sont la plupart du temps pas du ressort des créateurs de la plateforme. Le gouvernement ne serait alors plus l’artisan principal de l'action civique, mais deviendrait un organisateur, un catalyseur, le point de départ d’un écosystème que d'autres peuvent s’approprier, ré-utiliser et étendre. L’État-Plateforme exploite et soutient alors la capacité d'auto-organisation des citoyens. Rappelons que dans l'histoire des État-Nations de nombreuses fonctions, aujourd'hui assurées par le gouvernement, s’auto-organisaient localement : sécurité, pompiers, bibliothèques, entretien des forêts, routes, systèmes d’irrigation, moulins, gestion de l’eau, etc. Aujourd’hui des continuums d’acteurs hyperconnectés, manifestent le besoin de résoudre ensemble certains problèmes les concernant tant au niveau local que stato-national et possèdent les compétences nécessaires pour le faire. Les gouvernés (acteurs privés, associatifs, académiques, communautés de hackers citoyens, citoyens-usagers) sont alors encouragés à améliorer le fonctionnement des institutions grâce à l’analyse des données, à créer de nouveaux services, des applications que le gouvernement n'aura pas envisagés ou pour lesquels ils ne possèdent ni les compétences ad-hoc, ni les ressources.

Au moment où les gouvernements tentent de métaboliser la puissance des technologies numériques afin d’accompagner leurs transformations institutionnelles, ils tirent les leçons du succès des plateformes numériques et mobilisent la célèbre métaphore de la Cathédrale et du Bazar. Celle-ci met en contraste le modèle de développement des logiciels fermés avec celui collaboratif de logiciels libres. Ce dernier produit un marché dynamique, au sein duquel la communauté elle-même échange des biens et des services, se fait concurrence et génère une grande variété de choix à des prix bas. Plutôt que d'élaborer des solutions complexes de bout en bout (cathédrale), ce modèle est conçu comme un système “ouvert par défaut” (Opt-Out), un cadre génératif qui fournit des éléments de base et définit comment écrire de nouveaux éléments de base ad-hoc, en suivant simplement un même ensemble de règles. Ces cadres génératifs sont omniprésents dans l'histoire de la filière services et contenus numériques. Ils favorisent la coopération au sein d’un écosystème d'acteurs de taille différente et permettent aux innovations d’émerger : l'ordinateur personnel d’IBM en 1981, Microsoft et sa plateforme de développement de logiciels indépendants (qui s’est progressivement refermée), le World Wide Web décentralisé fondé sur des Normes&Standards ouverts, les systèmes d’exploitation Unix et Linux, les plateformes de smartphones Apple ou Android (Appstore) ou encore Wikipedia. Tous ces modèles de développement ont déployé un cadre à l’intérieur duquel n'importe quel acteur a la possibilité de créer des logiciels, des applications, des services, des contenus, selon des Normes&Standards plus ou moins ouverts et des politiques d’usage plus ou moins permissives, qui oscillent au cours du temps entre générativité et stagnation, ouverture et fermeture.

La question clé est alors de savoir quelle gouvernance et quelle architecture numériques de plateformes de données conduiront au résultat le plus génératif afin de permettre aux gouvernés de produire une grande part du travail nécessaire à la transformation de programmes thématiques gouvernementaux
- Créer une infrastructure simple, fiable et accessible au public qui expose des données d’intérêt général structurées et liées, de la ville, de la région, ou de l’État
- Adopter une architecture orientée vers les données et les services (data-driven, service-oriented architecture)
- Les services et applications créées par le gouvernement utilisent les mêmes systèmes ouverts d'accès aux données d’intérêt général que ceux mis à la disposition du grand public
- Partager toutes les API ouvertes avec le public, celles créées par les développeurs de la ville et par le secteur privé, créer un magasin d’applications (App Store)
- Partager le travail avec d'autres villes, régions, états : sous forme de logiciel libre, de projets avec d'autres collectivités territoriales afin de normaliser les services web autour de fonctions communes, chercher à mutualiser les infrastructures entre collectivités et partager les pratiques efficientes.
- Éviter de réinventer la roue : soutenir les normes ouvertes existantes et utiliser des logiciels open-source chaque fois que cela est possible ; faire de la veille et déterminer qui a des besoins similaires, s’appuyer sur leur travail dès que cela est possible.
- Créer des directives souples et permissives sur les outils de travail collaboratif (Ex.Git), qui permettent aux fonctionnaires de faire participer les acteurs territoriaux sans obtenir systématiquement l'approbation préalable de leurs supérieurs.
- Sponsoriser des réunions, camps de code (Code Camp) et sessions d'activités pour encourager les acteurs à collaborer aux questions civiques ou de transformations institutionnelles
- Tisser des Continuums Recherche, Expérimentation, Formations avec les Universités et les Entreprises du territoire

La point le plus sensible est de limiter les comportements de prédation. L’Etat Plateforme s’inscrit dans une tradition américaine de forte autonomie entrepreneuriale. Cette logique « bon enfant » de dynamisation d’un écosystème local de start-up et d’innovateurs tiers, censés assurer intermédiation, et interaction entre les citoyens et les données gouvernementales, ne doit pas faire oublier que l'écosystème marchand d'Internet est fondé sur une concurrence qui tend à établir des monopoles sur diverses classes de données. Il va de soi que des entreprises internationales et leurs puissantes infrastructures (cloud, puissance de calcul, recherche en algorithmie), trouveront un avantage à massivement moissonner des données Open Data créées aux frais de l'État, sinon à proposer leurs services infrastructurels (serveurs, entrepôt de données structurées, puissance de calcul, finesse algorithmique) et ainsi en prendre progressivement le contrôle à des fins privées et en extraire la valeur sans contrepartie. L’État plateforme doit alors garantir des règles claires, mais aussi veiller à mutualiser ses investissements dans un service public numérique* souverain, afin de s’assurer par ses architectures que les données comme leurs résultats d’analyse, restent publiques.

[8947]

etat_plateforme.txt · Dernière modification: 2020/07/13 14:09 de renan