GBN CGG (+RM) 20200504
Ce néologisme recouvre un ensemble de processus dynamiques descendants et ascendants, par lesquels modèles, méthodes, techniques, valeurs, discours, récits, informations sont largement partagés à l'échelon global et dont certains traits sont appropriés localement pour répondre à un besoin spécifique. Ce processus de métabolisation local et contextualisé, génère à son tour un trait singulier, susceptible de devenir signifiant à l'échelon global.
La notion recouvre un spectre de sens, encadré par la désignation de deux attitudes assez contrastées :
- un principe méthodologique d’action à savoir « penser globalement et agir localement »;
- une affirmation politique tranchée qui est celle du refus de se soumettre à un ordre « global ».
Ces deux acceptions initiales traduisent in fine un questionnement individuel sur la capacité que chacun pourrait avoir un jour, de disposer d’une certaine maîtrise sur « le cours des choses », dans un temps marqué par l’emprise des effets de la mondialisation.
Néanmoins, son emploi s’est depuis banalisé et d’une certaine mesure, il traduit tacitement l’acceptation de la difficulté de pouvoir définitivement trouver une réponse tranchée à cette problématique.
La notion est issue du terme japonais dochakuka, qui faisait référence au début des années quatre-vingts à l'adaptation d’une technique agricole aux conditions locales. Ce principe a progressivement été adopté par les entreprises japonaises dans leurs stratégies de développement : une perspective globale, adaptée aux conditions locales. Ce néologisme circule désormais très largement depuis la dernière décennie du XXème siècle.
D’un point de vue plus scientifique le terme gagne à être illustré par deux démarches relatives à des champs de connaissances spécifiques :
- au plan médical une thérapie maintenant reconnue associe deux « principes actifs contradictoires » c’est celle du couple ago-antagoniste, qui permet de conjuguer des effets opposés pour atteindre un niveau d’équilibre métabolique d’ordre supérieur ;
- au plan des sciences de l’ingénieur la modélisation de l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) permet par une simulation de la durée de vie d’une construction d’anticiper les effets planétaires (les externalités) d’un projet pourtant inscrit localement (par exemple son bilan carbone).
En fait ces deux instrumentations illustrent une certaine capacité désormais acquise pour instruire dans des domaines différents notre approche de la « réalité » en tenant compte de sa complexité. Elles nous enseignent deux préceptes:
- toute action véritablement « proactive » suppose de dépasser l’emploi de solutions immédiates et intuitives
- toute action inscrite localement a forcément des effets sur une échelle qui dépasse son seul périmètre.
Les dynamiques glocales se sont accélérées à partir des années quatre-vingt-dix grâce aux autoroutes de l'information. Le Web2.0 (Web Social) mais surtout le Web3.0 (web Sémantique) ont considérablement renforcé ces dynamiques d'échange de traits, notamment grâce au partage multilingue d'ontologies descriptives d'objets, de faits, de relations, d'événements, qui documentent progressivement les connaissances de fond et les connaissances contextuelles, de très nombreux domaines métiers.
Il est intéressant d’observer cette translation progressive du sens d’un mot, et à plus forte raison d’un néologisme, surtout quand celui-ci a été forgé à un moment précis du débat collectif. L’attitude « glocale » est certainement la traduction d’une certaine prise de conscience, qui refuse de s’enfermer dans un raisonnement uniquement centré sur l’effet local, indépendamment de ses effets sur son environnement. Le terme qui recouvre ainsi une certaine responsabilité de prudence ne peut pourtant être d’une efficacité relative (effectivité), que s’il s’accompagne et s’appuie sur une instrumentation plus sophistiquée qui ne s’improvise pas.
La normalisation des outils numériques de gestion des connaissances assurant l'interopérabilité des référentiels de données liées territoriales, ouvertes comme restreintes, accompagne aujourd'hui structurellement ces dynamiques glocales et devrait permettre un tissage volontaire plus fin entre systèmes culturels locaux et filières scientifico-techniques globales.