L'industrie 5.0 complète et étend les caractéristiques de l'industrie 4.0, afin de rendre nos industries plus résistantes, résilientes, durables et beaucoup plus centrées sur l’humain. Apparue en Europe en 2020, elle vise à intégrer les priorités européennes sociales et environnementales dans l'innovation technologique, mais aussi à appréhender selon une approche systémique les mécanismes productifs matériels et immatériels, des filières professionnelles, jusqu’alors saisis isolément (Industries culturelles et créatives, mobilités et transport, santé, éducation, génie civil etc.).
Les avancées de la mondialisation ont accru la prospérité mondiale, mais aussi les inégalités locales. Elles ont fragilisé les chaînes de valeur stratégiques, les infrastructures essentielles, réduit la diversification de la production culturelle, aggravé la sur-consommation des ressources naturelles, ainsi que la pollution de l'environnement. Ces profonds changements ont aussi été facilités grâce à l'accélération des processus d’automatisation, la numérisation de nouveaux segments de la société et la connectivité. Au cours des dix dernières années, l'industrie 4.0 et ses Systèmes Cyber Physiques se sont focalisés sur la numérisation et les technologies basées sur l'intelligence afin d’accroître l'efficacité et la flexibilité de la production secteur par secteur (Forum Economique Mondial, initiative gouvernementale « Made in China 2022 » etc.).
Le cadre politique européen actuel vise à mieux encadrer et orienter ces changements en cours : maximiser leurs avantages et atténuer les risques émergents qu’ils soulèvent. La notion d'industrie 5.0 adopte alors un point de vue différent et souligne l'importance de la recherche, de l'innovation, afin de mettre la production industrielle au service de l’humanité (équité sociale) et l’inscrire simultanément dans les limites planétaires (durabilité). Cela se reflète dans deux grandes priorités de la Commission Européenne édictées en 2019 :
- « Le pacte vert » : stratégie globale visant à rendre l'Europe climatiquement neutre d'ici 2050.
- « Une Europe adaptée à l’ère numérique » : accroître l'innovation ; définir de nouvelles normes dynamiques, notamment au CEN CENELEC, applicables aux données, aux technologies (chaîne de blocs, calcul à haute performance, informatique quantique, algorithmes, outils de partage, d’exploitation des données) et aux infrastructures (5G, 6G) ; déployer une nouvelle législation sur les services numériques (responsabilité et sécurité notamment des plateformes).
La vision portée par l'Industrie 5.0 s'inscrit dans un cadre plus général de propositions révisionnistes pour un nouveau capitalisme qui cherchent à en corriger les excès et espèrent pouvoir le transformer afin qu’il devienne équitable, inclusif et durable. Cette vision implique une réorientation complète du programme d'amélioration de la réglementation vers un paradigme post-PIB qui rencontre une résistance importante. Par ailleurs ce cadre politique européen a été profondément influencé par la notion de Société 5.0 apparue en 2016 au sein de la plus grande fédération d'entreprises Japonaise Keidaren (Society 5.0 - Co-creating the future), soutenue depuis par le gouvernement. La Société 5.0 japonaise ne se limite pas au secteur industriel, mais vise des défis sociaux beaucoup plus vastes, fondés sur l'intégration très large des espaces physiques et virtuels, des espaces conventionnels et cyber-conjugués. Au Japon la notion de « société » est intimement liée à la notion d’harmonie sociale : l’organisation individuelle des citoyens pour leur subsistance est profondément subordonnée à l’appartenance au groupe et à la participation de tous à l’organisation collective. Dès lors, toutes les dimensions du numérique susceptibles de transformer l’organisation des individus comme celle de segments entiers de la société, deviennent une philosophie de transformation nationale, une stratégie politique. Dans cette perspective, la société 5.0 japonaise tente d'équilibrer développement économique, résolution des problèmes sociétaux et environnementaux. Les technologies informatiques avancées, l'internet des objets, les robots, l'intelligence artificielle, la réalité augmentée les réseaux sociaux sont désormais activement utilisés dans la vie quotidienne (les soins de santé, les industries culturelles et créatives, l’urbanisme, le génie civil, les transports et la mobilité et d'autres sphères d'activité), non seulement en termes d’avantages économiques mais surtout en termes d’innovations sociale et environnementale, susceptibles d’apporter des bénéfices concrets à chaque citoyen.
L’industrie européenne 5.0 vise six domaines transversaux, elle en optimise les spécificités et en ajuste les complémentarités :
• Interaction homme-machine ;
• Matériaux intelligents bio-inspirées ;
• Jumeaux numériques et simulation ;
• Médiation, transmission, stockage et analyse des données ;
• Intelligence artificielle ;
• Efficacité énergétique, énergies renouvelables, stockage et autonomie.
Ces six domaines reposent sur un nouveau paradigme qui répond moins au « besoin de savoir ciblé » qu’au « besoin de partage systémique ». Accélérer la « numérisation » en aménageant de nouveaux espaces conjugués (Cyber Physique, Cyber Social et Cyber Mental), n’a de sens qui s’ils sont reliés et convergent dans le « cyberespace ». Les mécanismes d’urbanisation qui accélèrent le partage de données et d’informations s’accompagnent alors d’immenses enjeux de coopération en termes de protection et de cybersécurité à échelle européenne (2020 : Stratégie de Cybersécurité de l’UE ; 2021 : création d’une Unité Conjointe de Cybersécurité).