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INNOVATION SOCIALE

(CB 20200104)

La notion d’innovation sociale est définie par l’article 15 de la loi ESS de 2014 comme l’activité de production de biens et services permettant, soit de répondre à des besoins sociaux non ou mal satisfaits (dans les conditions actuelles du marché ou dans le cadre des politiques publiques), soit de répondre à des besoins sociaux par une forme innovante d'entreprise, par un processus innovant de production de biens ou de services ou encore par un mode innovant d'organisation du travail.

Les procédures de consultation, d'élaboration des projets socialement innovants auxquelles sont associés les bénéficiaires concernés par ce type de projet ainsi que les modalités de financement de tels projets relèvent également de l'innovation sociale.

Dans la pratique, l’innovation sociale relève de deux grands types d’approches, qui se différencient principalement par leur plus ou moins grande proximité avec la logique de marché. D’un côté, les logiques entrepreneuriales ou de mise en conformité des politiques publiques avec les principes de la nouvelle gestion publique, placent au cœur de la démarche d’innovation sociale à la fois un pilotage entrepreneurial ou managérial classique, et l’objectif d’impact social à atteindre, quitte à faire émerger des contradictions entre l’objectif visé et les moyens mobilisés. D’un autre côté, une logique avant tout collective et territorialisée, à la fois du point de vue de l’identification des besoins sociaux et de celui des réponses qui sont construites, inscrit la démarche d’innovation sociale dans le cadre des principes de non-lucrativité et de gouvernance démocratique proches de l’économie sociale et solidaire. Ces différences éclairent aussi en quoi ces deux approches de l’innovation sociale constituent, ou pas, des ruptures avec la notion classique d’innovation technologique. Les conceptions entrepreneuriales ou relevant du management public de l’innovation sociale sont davantage en phase avec la conception standard de l’innovation technologique, définie par une finalité de « nouveauté », et qui entretient des rapports étroits avec la sphère marchande aux différentes étapes de sa conception et de ses réalisations. Pour autant, la notion de nouveauté associée à l’innovation technologique ne se transpose pas aisément dans le champ du social, et l’objectif d’impact social associé appelle la mobilisation d’indicateurs dont la construction est délicate. L’accent mis sur le processus, le changement institutionnel plutôt que sur la finalité de nouveauté per se dans le cadre des conceptions collectives de l’innovation sociale leur permettent d’éviter ces difficultés.

Par ailleurs, les innovations technologiques portées par le numérique renforcent les inégalités économiques et sociales, et en créent de nouvelles, tant du point de vue de la fracture numérique (inégalités d’accès, inégalités dans les modes de consommation, inégalités de déconnexion) que du point de vue des nouvelles modalités de production qu’elles permettent, à l’instar des plateformes qui ont saisi les nouvelles possibilités de mobilisation du travail induites par la digitalisation, en particulier les dérogations au droit du travail contractuel et la mobilisation d’un travail pseudo-indépendant d’une part, et la captation de valeur associée aux usages sociaux du numérique. De ces inégalités, découlent de nouveaux besoins sociaux, souvent non solvables, et donc que le marché ne satisfait pas, et qui se révèlent souvent au-delà des sphères d’intervention de pouvoirs publics dont les périmètres d’action sont en retrait. Emergent également des aspirations sociales nouvelles ou renouvelées, en particulier dans le contexte global de la crise environnementale et des limites du modèle de développement capitaliste standard. Ce nexus fournit des conditions d’émergence d’innovations sociales numériques, dont les déclinaisons vont s’exercer selon les deux axes présentés plus haut.

Par exemple, l’entreprise Eqosphère est une entreprise sociale, pionnière dans le secteur de l’économie circulaire et de la lutte contre le gaspillage alimentaire, fondée sur le développement d’une plateforme qui relie via un algorithme surplus de production et circuits de recyclage adaptés. Dans le contexte associatif de l’intervention auprès des personnes sans-abri, Reconnect propose un cloud solidaire, c’est-à-dire un coffre-fort numérique, qui sert à la fois à la conservation des documents importants et aux liens avec les travailleurs sociaux et l’administration, tandis qu’Entourage est un réseau social entre riverains et personnes sans-abri favorisant la coordination entre habitants pour créer de la solidarité de proximité autour des homme et des femmes qui vivent dans la rue. Le mouvement des communs permet également d’entrecroiser les questions d’innovations numériques et sociales, comme l’illustre Plateformes en Communs, un projet de la Coop des Communs qui regroupe des plateformes collaboratives innovantes socialement dans différents domaines (1DLAB qui promeut le streaming durable équitable, Fairbooking, pour de l’hébergement touristique avec réservation en direct, Les Jardiniers du Nous, qui propose une plateforme numérique libre et open source pour créer et pérenniser des communautés apprenantes dans le cadre de la transition démocratique et écologique, …).

innovation_sociale.txt · Dernière modification: 2020/01/05 12:14 de renan