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E-médiations Territoriales

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INTELLIGENCE TERRITORIALE

(RM 20210119)

D’abord militaire, ensuite économique, l’intelligence Territoriale (IT) intègre aujourd’hui l’ensemble des compétences couvertes par ces domaines et a pour objet l’acquisition, l’analyse, la protection des informations nécessaires à la maîtrise du développement d’un territoire. L’IT implique un usage des technologies de l’information et de la communication selon une approche holistique qui inclut la gouvernance, les processus, l’organisation des comportements, des compétences humaines, la fabrique de l’opinion, l’utilisation innovante mais aussi appropriée des ressources naturelles ainsi que des données produites par les territoires et leurs communautés.

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Héritée du domaine militaire, la traduction anglo-saxonne du terme « Intelligence » désigne l’activité de recueil, d’analyse et de production de renseignements. Cette activité recoupe le Renseignement d’Origine Image (ROIM ou IMINT), obtenue grâce aux satellites, avions, drones ; le Renseignement d'Origine Electromagnétique (ROEM ou SIGINT) qui se réfère à l’interception des communications électroniques, radio, satellites, câbles sous marins, citons par exemple le réseau planétaire d’écoute des communications privées, publiques, politiques et économiques « Echelon » coordonné par les États-Unis ; Le Renseignement d’Origine Humaine (ROHUM ou HUMINT) regroupe l'ensemble des activités humaines de production, traitement, collecte, évaluation, analyse et diffusion de l’information. En 1996 ces méthodes de renseignement sont unifiées lors du National Imagery and Mapping Agency Act aux états-unis pour former le renseignement géospatial, GEOINT ancêtre des technologies CIM/TIM. Il qualifie le renseignement obtenu par corrélation d'images et de données géospatiales afin de décrire, évaluer, représenter visuellement, approfondir la compréhension dans l’espace et dans le temps d’un phénomène lié à la géographie physique et/ou à l’activité humaine sur un territoire ainsi que ses enjeux au niveau planétaire. Ces méthodes de renseignement sont aujourd’hui utilisées par le milieu de la recherche, les entreprises commerciales, les gouvernements, afin de résoudre des problèmes de géographie physique ou humaine, étudier des rivalités de pouvoirs et d’influences sur un territoire (soulèvements, minorités agissantes).

L’exploitation des informations géospatiales de plus en plus nombreuses, représente un défi majeur dans la prise de décision militaire, économique ou politique. La diffusion des technologies de l’information et de la communication depuis la fin des années 90 dans la sphère civile, a eu pour conséquence d’accroître de façon exponentielle les données à la disposition des acteurs économiques. C’est dans ce contexte que la notion d’intelligence économique commence à émerger. Elle se définit comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de diffusion d’informations qui permet aux acteurs économiques d’adopter une attitude offensive et défensive dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée et de guerre d’information. Elle a été popularisée en France lors de la publication du rapport de la commission Henri Martre dans le cadre du XIe Plan, puis en 2005 par la Commission Alain Juillet qui la catégorise en 5 pôles :
1. Environnement international et compétitivité
2. Intelligence économique et organisation
3. Maîtrise de l'information et des connaissances
4. Protection et défense du patrimoine informationnel
5. Influence et contre-influence, fabrique de l’opinion

Sélectionner et combiner les informations dans un environnement concurrentiel évoluant très rapidement est déterminant pour la prise de décisions stratégiques des entreprises, dès lors des flux d’informations maîtrisés, optimisés deviennent un vecteur essentiel de création de richesse. La mondialisation accentuant cette tendance, les États, les régions, les métropoles, se retrouvent eux aussi au cœur des stratégies d’implantation des entreprises, les ressources déployées par un territoire deviennent alors des critères de choix, une variable stratégique d’attractivité pour les TPE / PME comme pour les firmes mondialisées.

Dans ce contexte deux approches, “Top Down” et “Bottom Up” de l’IT s’articulent historiquement.

La première dérive de l’intelligence économique. La maîtrise et la protection des informations stratégiques prend la forme d’une politique publique pensée au niveau d’organisation stato-national. Choisir cette approche Top-Down confère aux acteurs économiques un avantage déterminant en termes de décryptage des menaces adverses et de rapidité de réaction. L’Intelligence Territoriale descendante est donc l’application au plan local des politiques publiques d’Intelligence Économique qui visent prioritairement la compétitivité-attractivité des PME/PMI, étayée à une logique de marketing territorial. Le rôle d’un État stratège et partenaire est ici déterminante, il vise une forme de patriotisme économique qui se subordonne le local.

La seconde approche pense la recomposition locale des acteurs articulée à une vision co-construite, des valeurs et des opinions partagées dans un continuum multi-acteurs et pluridisciplinaire. Cette démarche « ascendante » de l’IT s’articule à l’économie du lien, à l’autogestion démocratique, qui replace l’humain au centre de la vie économique, au déploiement d’initiatives locales concrètes, dans une démarche d’adoption des logiques de Développement Durable, de l’Économie Sociale et Solidaire, ou encore de l’Économie Circulaire. Elle a pour finalité de faire émerger un développement endogène, local et durable. Le territoire est alors un lieu d’émergence de nouvelles conceptions de gouvernance locale qui valorise les ressources construites dans une logique de développement endogène. Elle s’appuie sur une dynamique coopérative de valorisation réciproque (mutualisation) de services, d’informations et de données. Un des fondements clefs sera la mise en réseau dynamique des acteurs, grâce à des outils de traitement et d’exploitation mutualisés des flux d'opinions, de connaissances, de compétences entre catégories d’acteurs locaux de cultures / disciplines différentes. L’écosystème relationnel devient le facteur clé.

Dans les deux cas, l’IT s’applique à la gestion d’organisations, d’activités, de processus, de stratégies, de projets, d'opinions, de services ou encore de systèmes. Elle est appréhendée en termes de résultats qualitatifs et quantitatifs mesurables (performance) par rapport à des solutions technologiquement applicables. Sa qualité se traduit par des prises de décisions opérationnelles éclairées inscrites dans une perspective à court et à long terme, qui répond à des besoins environnementaux, sociaux et économiques présents et situés, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Cette gestion est structurellement accompagnée par des instruments, des outils, des architectures numériques adaptés et fortement contextualisés. Les instruments opèrent des mesures quantitatives, qualitatives ou descriptives via des indicateurs topographiques et/ou topologiques (économie cognitive), génèrent des données, modélisent dynamiquement l’évolution des territoires que l'on cherche à observer. Les outils de médiation permettent de convenir localement et collégialement d’indicateurs signifiants, partager leurs mesures, discuter et prendre des décisions, instituer des modèles tout en les articulant comparativement et complémentairement à d’autres territoires afin de pouvoir les enrichir et les affiner. Ces architectures Numériques enveloppent le territoire et protègent la valeur potentielle des données personnelles et socio-économiques produites. Notons que le couplage de l'IT aux politiques d'Open Government*, fondées sur l'ouverture et la transparence, permettent au “Bon Gouvernement” de suivre les opinions et les comportements des citoyens à leur insu, d'écouter et anticiper leurs craintes, aspirations, demandes et besoins, pour le meilleur comme pour le pire.

La définition de l’IT dépend donc de la vision* du territoire et de ses enjeux de développement qui, contextualisés, vont déterminer les modalités souveraines de récolte, d’analyse, de maîtrise, de diffusion, d’échange volontaire, de protection des Big Data et des informations opérationnelles ou stratégiques.

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intelligence_territoriale.txt · Dernière modification: 2021/01/20 13:31 de renan