Hafida BOULEKBACHE (20211001)
La rencontre entre le vidéo-mapping, ce dispositif numérique innovant et l’architecture, soit la médiatecture, est un croisement fructueux qui permet un repositionnement dans le processus médiationnel du patrimoine. L’architecture devient ainsi l’artefact de mémoire grâce aux traces du passé qu’elle porte et dans le même temps, le support sur lequel se dessine une mise en scène théâtrale.
L’architecture, par la dimension signifiante de ses objets, représente un moyen de communication. Au même titre que l’écriture, elle trace une empreinte sur l’espace permettant de construire l’intelligible à partir du sensible et de générer un mouvement de la pensée dans l’édification du marquage urbain. Le dessein de tout architecte est de proposer des dessins organisés et rationnels qui, une fois exécutés, tentent de rendre lisibles ces additions, déplacements, transformations, inversions qui forment une ville. Pour autant et même si les œuvres architecturales sont les traces les plus parlantes de la civilisation humaine, le public préfère s'intéresser à la peinture, la littérature, la sculpture ou la musique, plutôt qu’à l’architecture. Une des raisons en est que ces domaines sont plus accessibles et que les outils pour les appréhender plus simples à attribuer. Autrement dit, il est plus aisé de faire une exposition d'art plastique, une foire du livre ou organiser un concert que de faire une exposition d'architecture tant les objets sont peu déplaçables. Pour s'intéresser à l'architecture, il faut aller vers les objets par le biais de visites guidées et commentées par des sachants (guides experts) Il est alors important de saisir ce qui est susceptible de rendre accessibles les œuvres architecturales et d’« augmenter » la dimension communicationnelle qu’elles portent en elles.
Depuis quelques années, l’innovation autour du numérique met en avant une multitude de possibilités en termes d’accessibilité et de diversité de l’expérience patrimoniale. Le vidéo-mapping, une technique de projection artistique située entre le croisement de l’image, du son et d’un support dont la fonction originale n’est pas celle de l’écran, fait son entrée comme outil de médiation hybride entre art numérique et processus de médiation.
La médiatecture fait « parler » les pierres en démultipliant la façade en plusieurs dimensions tout en pénétrant ses différentes épaisseurs. Elle permet d’éduquer le regard, d’exercer l’œil aux volumes, aux formes, aux pleins et aux vides. La médiatecture participe à identifier et décrypter les espaces internes ainsi que les espaces externes et faire de chaque personne un critique averti mais positif. Et sous l’angle patrimonial, la médiatecture, assure une forme de résilience en impliquant les spectateurs à travers une expérience médiationnelle qui intègre un registre cognitif et un registre sensoriel. Elle permet ainsi de tisser des liens, des relations entre les objets, les éléments architecturaux. Ces relations que l’esprit peut ainsi distinguer, permettent de penser le langage architectural, de comprendre ses propriétés de communication (efficacité, lisibilité) et d’émotion (espaces ou matériaux). L'intérêt ne réside pas seulement dans le signifié du tracé (dans son sens), mais aussi et en même temps, dans les relations internes entre les signifiants (« la musique des traces »). Ainsi, la médiatecture offre à l’architecture la possibilité de repenser ses processus d’extériorisation. Autrement dit, à travers ces artefacts nouveaux, l’architecture arrive à mieux se faire voir, à lutter contre son effacement et devient un théâtre de la mémoire ; donc une résilience patrimoniale.
La médiatecture « augmente » la réalité architecturale ; tout en la respectant en s’adaptant au bâtiment, elle la magnifie et permet de ressortir des traces disparues, par l’iconographie le son, la lumière et la narration qui viennent s’installer sur les surfaces. Par son caractère immersif, elle offre à celui qui regarde l’architecture une mise en scène théâtrale performante où la façade n’est plus en 2D mais se multiplie en plusieurs dimensions qui pénètrent l’architecture et la font découvrir dans toutes ses épaisseurs.