La médiation territoriale traite d’un « dire l’espace » qui actualise certains traits ou unités de sens culturelles, passées, existantes ou en devenir. La médiation interroge aussi les mécanismes sociaux qui permettent à des « espaces du dire » de trouver leur place, espaces essentiels et nécessaires à l’émergence d’une parole légitime, apte à construire, mettre en récit ou en calcul, mais aussi en pratique, une politique territoriale, souvent accompagnée de son modèle de développement, désirable et durable pour le territoire et les collectifs qui y vivent.
Nos sens sont biologiquement des médiateurs « naturels » de notre environnement qui émet des signes que nous percevons, filtrons, identifions et découpons. Nous produisons en retour par la médiation de la langue, des interprétations, des analyses, des représentations du monde que nous partageons socialement.
Premièrement une langue permet de dire, de penser et de développer une conscience du territoire par l’intermédiaire de concepts et de propositions, toujours territorialisées (logos). Il est à souligner que sur un même territoire, des groupes ethniques multilingues ou plurilingues n’auront pas la même interprétation de leur territoire que les groupes qui habitent des aires géographiques linguistiquement homogènes. Deuxièmement des styles techniques artificialisent la langue pour la conserver dans le temps, le gramme et le drame (le rite), analogiques ou numériques, des architectures techniques objectivent, aménagent le territoire (marques, signalétiques, monuments, habitat, réseaux…), marquent et orientent notre conduite productive d’espace (tropos).Troisièmement des règles fixent des seuils, régulent, encadrent, délimitent nos discours, nos conduites productives, nos comportements et nos désirs à l’intérieur de ce territoire (dikè). Quatrièmement des contrats, des conventions, nourrissent une dynamique instituante qui redéfinit en continu nos conditions de dialogue, de liens et d’échanges, les principes constitutifs et nos schèmes d’interaction, transforment les linéaments d’une politique à la fois intérieure mais aussi et surtout extérieure en relation avec d’autres territoires (nomos).
Langues, styles techniques, codes/règles, dynamiques instituantes, sont prises dans des boucles permanentes de rétroaction où tour à tour l’une sera l’infrastructure des autres qui lui seront alors incidentes. En SIC nous étudions comment les outils et les techniques s’articulent à la langue, à la régulation et aux dynamiques transformantes des territoires. Ces médiations tissent avec le temps un ensemble de solutions convergentes, qui acculturent de façon singulière un territoire, tout en modelant et en transformant les entités individuelles et collectives qui l’habitent.
Ces mécanismes institués d’acculturation peuvent rétrospectivement être objectivés, analysés, améliorés et sont formalisés alors en tant que modèles. Nous serons dans ce cas assez proche de la notion de structure chez les structuralistes. Ces modèles pourront éventuellement être reproduits, ailleurs (par exemple dans les colonies) ou dans le temps (transmission intergénérationnelle) grâce à des dispositifs sociotechniques de médiation territoriale dits descendants (TopDown) qui empruntent majoritairement des médias point à masse (rites, récits mythologiques, presse, radio, télévision…).
Dans l’autre sens, et c’est celui qui nous intéressera le plus, des dispositifs sociotechniques d’information et de communication accessibles, appropriables et largement déployés à l’échelle d’un territoire (radio et TV libres, web 2.0, outils collaboratifs d’éditorialisation, de co-création de contenus) pourront contribuer à identifier, objectiver et légitimer collectivement de nouveaux paramètres, concepts, conventions, indices mesurables – environnementaux, techniques, réglementaires, ou socio-économiques. Ces paramètres pourront ensuite être intégrés au modèle existant, ils instituent ou transforment alors les modalités d’acculturation de l’espace, et remodèleront à leur tour notre conscience, conduite, comportement et notre condition. Nous parlons dans ce cas de médiations territoriales ascendantes (BottomUp), qui pourront parfois parvenir à constituer dans leurs formes les plus volontaires, des modèles d’anticipation ou de prospective qui ouvrent vers des possibles grâce à une articulation fine et au continu du couple initiation - initiative et constituent alors aussi pour les collectivités territoriales de véritables outils d’aide à la décision.