L’informatisation et la numérisation des opérations de collecte, de production, d’échange, d’analyse, de comparaison de données et d’informations territoriales sur de longues durées, a profondément transformé la capacité des groupes humains à connaître, comprendre leurs espaces de vie, inscrire, représenter et partager les profondes et complexes relations d’interdépendance qu’ils nouent avec leur milieu de vie, mais aussi à agir sur lui.
L’entretien de ces rapports et de ces relations dans l’espace comme dans le temps, nécessitent des médiations, procédés de communication et de transmission, qui rendent accessibles et intelligibles des informations environnementales par différents processus de codage-décodage afin de garantir la survie et le bien être des collectifs humains et non humains. Nos cinq sens, sont des médiateurs naturels de notre environnement, mais aussi nos langues, nos styles techniques, nos normes et nos règles, nos institutions. Avec les technologies de l’information et de la communication, de nouvelles formes de médiation territoriale, d’écriture de l’espace sont aujourd’hui à l’œuvre dans toutes ces composantes, susceptibles de mieux les articuler entre elles, en optimisant leurs spécificités et en ajustant leurs complémentarités. En intervenant massivement comme nouveau paramètre de la médiation, le numérique déplace le centre de gravité d’interprétation théorique des territoires, à la mesure des mutations et des représentations auxquelles ils sont confrontés.
Si une numérisation généralisée de ces dimensions de la médiation territoriale, semble aujourd’hui contribuer efficacement à améliorer localement des modèles singuliers de développement socio-économiques, en parvenant à tenir simultanément bien-être humain et soutenabilité environnementale, ils permettent aussi d’accélérer la diffusion de savoirs instituants et leurs adaptations locales en pratiques, savoirs institués, en combinant des dynamiques à la fois réticulaires horizontales et d’emboitement verticales. Dans le premier cas il peut s’agir d’échanges décentralisés entre territoires discontigus et connectés : réseau de quartiers, de villes, de régions, ou d’états. Dans le second cas il peut s’agir d’un emboitement multiscallaire de territoires au sein duquel la dynamique est alors double : verticale descendante, entre une échelle territoriale supérieure et ses échelles inférieures, par exemple de l’Europe vers ses régions, l’ONU vers les états, mais aussi verticale ascendante entre des échelles inférieures et leur échelle supérieure : de chaque foyer vers leur commune, ou des communes vers leur Etat. Au delà de ces fonctions synchroniques de transmission intra-générationnelle, des médiations assument également des fonctions diachroniques inter-générationnelles de transmission, mais aussi d’anticipation et de propsective. L’ensemble de ces fonctions permettent notamment de resserrer socialement sur un territoire des « continuums pluri-acteurs » notamment entre universités, collectivités territoriales et filières professionnelles de manière à accélérer les transferts et déployer des champs d’intelligibilité territoriaux.
Ces dynamiques de transmission d’informations et de communication, mobilisent des outils, empruntent des architectures de réseaux multiples, différenciées, souvent administrées et gérées par des institutions différentes, publiques, privées, sociétés civiles, des collectifs, qui poursuivent chacune des finalités et des objectifs singuliers de développement. Ils seront aptes sous certaines conditions, à transformer, renouveler, diversifier et affiner localement les macro-modèles de développement Top-Down et à faire émerger des modèles de développement innovants endogènes et polycentrés.