Benjamin Spark, artiste
Quels sont les nouveaux territoires investis par l’œuvre ? L’image est-elle une photo d’un tableau déjà peint ou bien un simple collage digital ? Comment se nourrit-elle d’autres territoires préexistants ? Chaque travail s’inscrit dans un mouvement de réappropriation culturelle et se nourrit nécessairement d’images glanées ça et là, pour être de nouveau assemblées de façon à mettre en lumière ce qui peut paraître au départ anodin et futile.
Quelquefois les montages réalisés sur ordinateur sont ensuite exécutés en peinture, sur une toile de lin, avec une rigoureuse minutie afin de reproduire à l’identique le collage informatique. Ainsi l’illusion est totale entre le projet digital et l’œuvre physique (re)présentée sur les cimaises des galeries. Mais à quel moment la création numérique devient de l’Art ? Pourquoi ce passage, du fichier numérique à la toile tangible, produit à travers cette métamorphose, cette déterritorialisation du numérique et de cette transformation physique une autre perception de l’image ? En revanche, est-ce qu’une œuvre digitale pourrait, à travers cette intangible qui nous fait si peur espérer la même (re)connaissance ?
Les NFT pourraient peut-être répondre à cette question importante. Le principe du NFT, ce fameux jeton qui donne une valeur de provenance et une valeur financière à un fichier numérique, permet d’ouvrir le champ de la création et d’investir ainsi de nouveaux territoires de l’Art. Comme par magie, tous les créateurs de fichiers deviennent désormais potentiellement des artistes et tous les acheteurs de NFT deviennent éventuellement des collectionneurs d’art. À travers ce même mouvement novateur et révolutionnaire, des collages digitaux s’échangent à présent comme de véritables œuvres numériques. Tout comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir (Le Bourgeois Gentilhomme de Molière), grâce au NFT, chacun devient acteur d’un art digital élargi au champ de la blockchain, des crypto-monnaies et des NFT. Le NFT vient légitimer ce mouvement de création et d’appropriation sur informatique et reconnait à des artistes digitaux du talent, de l’inspiration, de la technique et des références culturelles. Tout à coup le champ de la création s’élargit ! Comme des milliers d’autres artistes-conquistadores, nous devons partir à la conquête de nouveaux territoires artistiques et de nouveaux marchés, loin, très loin de la petite sphère de l’art actuel.
Cette question de la propriété d’une œuvre d’art, repensée à travers son territoire d’exposition et liée à un nouveau contrat social permet la découverte d’un nouveau monde, cette fois entièrement numérique. Inutile de se déplacer dans une galerie d’art, de réfléchir à l’achat d’une sculpture, d’un tableau ou d’une installation et, une fois achetée, d’attendre la livraison de l’œuvre ? Le NFT est l’expression même d’un nouveau rapport à la technologie célébrant, à tort ou à raison, la consommation instantanée comme la jouissance d’une propriété immédiate. Le media est le message. Dépassant la célèbre formule de McLuhan, le NFT est à la fois le certificat et l’œuvre d’art elle-même ! L’objet se fond dans la manière dont il se (re)présente à nous et crée son propre territoire d’authentification et de diffusion.
La création digitale connaît déjà une explosion sans précédent car elle s’accompagne d’une révolution technologique qui bouscule les frontières de nos univers tangibles. La société a ouvert la porte au numérique et signe un mouvement aussi important que celui de la Renaissance à Florence au XVIème siècle. Le carcan mental de l’objet physique laisse place à un immatériel numérique présent dans toutes les couches de la société : l’image comme le droit, la communication ou l’informatique… Les artistes digitaux bousculent, à travers ce territoire extra-terrestre, complexe, vaste et infini, notre très intimidante histoire de l’art pour laisser place à de nouvelles formes de créations, débridées et sans limites.“