Outils pour utilisateurs

Outils du site


Panneau latéral

Decouvrir les 100 Notions

E-médiations Territoriales

regeneration_urbaine

REGENERATION URBAINE

Simon RENOIR (20200614)

La régénération urbaine désigne l’ensemble des stratégies de reconversion visant à redynamiser des économies urbaines défaillantes. L’idée de reconversion implique qu’il ne s’agit pas d’expansion du tissu urbain sur des zones non encore urbanisées, mais bien de requalifier des bâtiments et quartiers existants.

La notion de régénération urbaine se confond avec un certain nombre de termes plus ou moins interchangeables et qui diffèrent peut-être davantage en fonction des époques et des pays où ils sont utilisés qu’en fonction de caractéristiques bien définies : renouvellement, rénovation, renaissance, revitalisation, redéveloppement, requalification, revalorisation, réhabilitation, etc. Ces termes ont en commun d’exprimer un besoin de renouveau qui doit se faire par la reconversion de l’existant ; ils se distinguent les uns des autres par le degré de spécificité, et parfois, les champs d’intervention auxquels ils renvoient. Par exemple, si les villes ont sans doute toujours connu un renouvellement urbain (terme qui semble le plus général et le plus employé en français), la notion de régénération urbaine se répand surtout à partir des années 1970 et 1980 dans un contexte de désindustrialisation qui conduit les décideurs locaux à transformer des zones industrielles désaffectées. De plus, la notion de régénération urbaine est employée principalement pour décrire des projets de grande échelle, ou pour décrire l’ensemble des opérations aboutissant à la revalorisation d’un quartier ou d’une ville – par opposition à des termes comme « réhabilitation », « requalification » ou « rénovation », plus fréquemment employés à l’échelle du bâti ou du quartier.

Les projets de régénération urbaine consistent donc, le plus fréquemment, à transformer des zones industrielles à l’abandon en zones résidentielles, commerciales, touristiques, ou encore mixtes. Ils peuvent se réaliser en conservant le bâti existant et en le réhabilitant grâce à des opérations de réutilisation créative, ou alors en démolissant le bâti industriel et en construisant du neuf sur le même emplacement. En fait, on constate deux périodes dans les projets de régénération urbaine : la première dans les années 1970 et 1980 privilégiait la destruction et la reconstruction ; la seconde, depuis la fin des années 1980, cherche généralement à conserver le bâti industriel, à lui associer une valeur de mémoire, et ainsi à le patrimonialiser.

Les projets de régénération urbaine s’accompagnent d’un marketing territorial qui vise à communiquer sur une nouvelle identité ou une nouvelle image de marque d’une ville ou d’un quartier. L’ambition étant de moderniser des zones de production économique dégradées, les projets mettent souvent l’accent sur les secteurs économiques émergents et d’avenir. Ainsi se sont multipliés depuis deux décennies les projets de création de clusters d’industries créatives et numériques ou de quartiers créatifs et numériques. Quelques exemples : à Saint-Etienne, l’ancienne manufacture d’armes a été transformée en Cité du Design et la ville a entièrement orienté sa stratégie de renouveau sur le design. De façon similaire, Detroit a amorcé un nouveau plan de régénération urbaine de grande ampleur depuis le tournant des années 2010 par la mise en place d’un « Creative Corridor » accueillant industries créatives et firmes du numérique, ainsi que par un rebranding du territoire en « Ville du Design ». A Nantes, le Quartier de la Création est un des éléments structurants du vaste projet de régénération des zones industrielles et portuaires de l’Ile de Nantes. A Lyon, le nouveau quartier Confluence anciennement industriel et portuaire, a également connu un important projet de régénération urbaine qui comprend notamment un éco-quartier emblématique des initiatives liées aux « Smart City » et un « lieu totem de la french tech » nommé H7 installé dans une ancienne usine. Les stratégies de régénération urbaine sont critiquées en particulier sur deux fronts. En premier lieu, dans la mesure où elles résultent presque toujours de l’initiative d’une coalition de croissance formée par les décideurs∙euses politiques, économiques et administratifs∙ives leur mode de gouvernance descendant et peu participatif est remis en cause. En second lieu, en remplaçant des zones industrielles et des quartiers presque toujours ouvriers et populaires par des quartiers créatifs, numériques et éco-conçus, elles participent activement aux processus de gentrification à la fois sur le plan socioéconomique et sur le plan culturel, où la mémoire ouvrière des lieux est réappropriée par d’autres groupes sociaux.

5. Champs disciplinaires : géographie, urbanisme, économie, sociologie urbaine, économie politique de la géographie.

6. Voir aussi : cluster, coalition de croissance, égalité territoriale, gentrification, marketing territorial, smart city.

7. Références : Chaline Claude (1999), La régénération urbaine, Paris, PUF, Que sais-je ?, n°3496, 127 p.

Gravari-Barbas Maria (dir.) (2013), Aménager la ville par la culture et le tourisme. Paris, Éditions Le Moniteur.

Guinand Sandra (2012), « La patrimonialisation dans les projets de régénération urbaine à Porto », Annales de Géographie, 2012/2 n°684, p. 128-150.

Preite Massimo (2014), « Patrimoine industriel et régénération urbaine en Italie : l’émergence de nouveaux paysages urbains », L’Homme & la Société, 2014/2, n°192, p. 92-112.

regeneration_urbaine.txt · Dernière modification: 2021/06/30 17:14 de renan