TERRITOIRE : SYSTEME SPATIAL (RM 20191220)
Un système spatial est une configuration formée de lieux et de liens, d’acteurs et de réseaux de communication, dont les différentes composantes (morphologiques, socio-économiques, organisationnelles, humaines, culturelles, technologiques) concourent complémentairement à une même logique fonctionnelle. Il joue un rôle spécifique au sein d’un système l'englobant, dé-limité à un échelon communal comme étendu à l’échelon mondial.
Depuis la seconde moitié du XXème siècle, les dynamiques de territorialisation deviennent de plus en plus rapides et mobiles. Cette mobilité intimement liée aux équipements d’information et de communication rapprochent les lieux et perturbent les principes de continuité et de contiguité territoriales, incitant à dépasser l’opposition binaire “mobilité - territoire” et raisonner en terme de Système Spatial. Le territoire est alors moins appréhendé en terme de zonage et de répartitions, de limites fondées sur des liens de proximité tissés dans une étendue matérielle continue et subordonnée à un statut (une topographie), mais en termes de relations et d’interdépendances en connexité avec des lieux distants, subordonnés à une fonction opératoire (une topologie).
Cette logique du système spatial, incite à prolonger la pensée de la territorialisation et de ses équipements d’information et de communication sur un registre articulatoire, en terme d’espace mobile et relationnel, multiple, plus ou moins ouvert ou fermé mais toujours dé-limité, hétérogène, mais aussi en terme de temporalités parfois plus éphémères.
Les systèmes spatiaux monde, subordonnés à un Etat et extensions de celui-ci (bases militaires, comptoirs marchands, entreprises transnationales etc.) ou autonomes (réseaux de villes, réseau d’universités, échanges interculturels, diplomatie onusienne etc.), ont toujours co-existé aux côtés des systèmes spatiaux stato-nationaux intérieurs, leurs dynamiques de re-territorialisation et leurs influences sur ces derniers restant toute relative. En effet, longtemps privilèges de l’Etat, les équipements de communication à distance ont d'abord été un puissant facteur de cohésion spatiale intérieure, permettant au temps de la décision et de l’action intérieure de conserver une certaine avance sur ceux des systèmes spatiaux. Les dynamiques de normalisation interétatiques ont progressivement organisé l'interopérabilité et le “bon commerce” de ces équipements. Ils ont alors simultanément renforcé l’organisation, l'agilité, la synchronisation de la puissance de décision et d’action des systèmes spatiaux, doublant alors l'inertie décisionnelle démocratique des aires de souveraineté étatiques. Au XXIème siècle, cette culture de la Géo-stratégie communicationnelle et informationnelle des territoires, achoppe sur la question de leur souveraineté numérique*, ces équipements devenus interopérables constituent l’ossature de l’étendue matérielle de systèmes spatiaux informationnels mondiaux.
Aujourd'hui certains systèmes spatiaux occupent une position dominante : système spatial de la finance globalisée, des entreprises multinationales militaro-industrielles, de gestion des ports de commerce ou d'armateurs, des Global-Cities, des réseaux de métropoles. D’autres plus fragiles se renforcent ou émergent, soulignant que différents lieux et différentes natures de liens comptent et jouent un rôle dans la transformation d’un monde global : systèmes spatiaux de la recherche, d’organisations non gouvernementales, de nouvelles filières professionnelles, de villes moyennes, de syndicats, de mutuelles ou d’associations. Si l’Etat est susceptible de garder un œil sur l’agilité de ces systèmes spatiaux émergents à l’intérieur de ses frontières, il devient de plus en plus difficile d’en maîtriser les effets coordonnés lorsqu’ils se déploient à un échelon mondial, étayés à des plateformes numériques dont leurs systèmes spatiaux sont moins définis par la surveillance et le contrôle des frontières que par l'orientation des circulations et l'autorisation des accès (fichage des membres, logs et données d'activité).
L’émergence du Web1.0 (read), du Web2.0 (read write) ont permis de démultiplier les lieux d’interactions sociales des systèmes spatiaux et leur production de connaissance, le Web3.0 (read write execute) a renforcé leur intelligence relationnelle (web services, personnalisation, communication Machine à Machine, Intelligence artificielle). Aujourd’hui le développement des technologies Blockchain* et les Decentralized Autonomous Organization*, renforce l’aire d’autorité et de confiance des systèmes spatiaux à échelle globale en parvenant à instituer simultanément fonctions, usages ET le référentiel de confiance qui les autorise, de manière relativement désintermédiée comparativement aux institutions des aires séculaires d’autorité et de confiance Etatiques.
Mais ne nous y trompons pas, un système spatial n’est pas ipso-facto synonyme d’horizontalité et d’absence de hiérarchie, il peut tout aussi bien se structurer, comme les États, de manière centralisée, décentralisée ou acentrée.