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E-médiations Territoriales

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TERRITOIRE DOCUMENT

(RM 20200109)

Depuis l’Etat Statistique des physiocrates au XVIIIème siècle, les « Proto-Territoires-Documents » ont largement été dessinés, écrits et calculés dans une approche à dominante quantitative, qui reposait sur des modalités discontinues, diachroniques de recueil et de traitement des données, de manière à produire des modèles référentiels classiques, ex-ante, des documents qui deviendront plus tard des Plans Quinquennaux ou des Schémas Directeurs pour les territoires urbains.

Ces documents ordonnaient des pratiques possibles afin d’atteindre un horizon idéal, dont le caractère diachronique permettait de réajuster la tension permanente qui habite chaque territoire urbanisé entre protension – ce vers quoi la gouvernance du territoire tend, son désir et ses projections – et rétension – ce qui dans le moment présent réactualise le passé, mais aussi les liens subtils d’interdépendance avec les sites géographiques comme les liens de co-évolution avec les écosystèmes biologiques. Ce caractère diachronique présentait l’avantage de ne jamais déconnecter la mesure de son étape préalable de convenance. En effet le danger de la quantification réside dans une réification des produits de ses procédures et un oubli progressif des conventions à partir desquelles ces produits s’originent (la méthode). Le risque serait de retenir uniquement la mesure et de naturaliser l’objet. Ces mesures communes, dès lors qu’elles sont déconnectées de leurs conventions sociales, courent le risque de devenir des objets dépolitisés, des allant-de-soi.

L’Etat Plateforme du XXIème siècle hybride à ces modèles référentiels classiques, des modalités d’analyse synchroniques de données recueillies en temps réel par une multiplicité de capteurs, traçant des liens relativement concrets, définis préalablement par des indicateurs et analysés algorithmiquement, qui tracent et écrivent les nouvelles cartographies de l’Intelligence Territoriale Bottom Up pour l’aide à la décision et la gouvernance locale. Ces dispositifs numériques de documentation territoriale constituent un continuum à la fois synchronique ou temps réel, mais aussi syntopique qui recouvre telle une seconde peau les territoires urbanisés. La modélisation numérique du territoire donne accès à une somme d’informations considérables sur les écosystèmes humains, non humains, artificiels ou biologiques des territoires, capteurs, Internet des Objets, Oracles, réseaux 5G, autant de parties élémentaires simples qui filtrent et recueillent de l’information sous forme d’unités discrètes, simple mesure quantitative déliée du contenu et du sens du message émis.

Le premier enjeu de cette modélisation du réel par discrétisation est aujourd’hui celui de l'adoptabilité sociale, les acteurs déterminent collégialement ce qui compte et doit être mesuré dans leur environnement. Le second enjeu est celui d'une forme de souveraineté, permettant de limiter ou d'empêcher que des multinationales du numérique branchent sur les territoires leurs services extra-territorialisés d’extraction et d’analyse des données. En effet l'opacité qui entoure ces procédures, leurs “recettes secrètes” allant parfois jusqu'à l'invisibilité, écrasent la convenance au profit d'une naturalisation de la mesure, qui s'étend par les réseaux numériques de manière exponentielle et exerce sur les territoires une autorité extra-territoriale proche de la Loi. Ces deux enjeux limitent le risque d’ontologiser l’information au sein de notre vision du monde et maintiennent un équilibre entre protension et rétension.

territoire_document.txt · Dernière modification: 2022/01/09 10:52 de renan